Song to song

SONG TO SONG

APPEL

La musique est un appel, et comme le dit Richard Wagner, elle commence là où s’arrête les mots. Le cinéma de Terrence Malick procède également d’un arrêt, celui du sens. Il s’efforce de remonter au niveau de la phénoménalité pure et ce qu’elle contient : les impressions, la sensation et les vécus intimes s’y rattachant qu’il s’efforce de retransmettre précisément à l’aide d’arrêt sur images. Il a l’art d’en saisir les détails les plus criants de l’intériorité humaine. Cette intériorité saisie est souvent celle d’une détresse qui ne peut se dire parce qu’elle est bien trop aux prises avec des vécus indémêlables par les nombreuses intrications qu’ils recèlent et dont beaucoup sont inconscients. Il y a ainsi une véritable complexité de la nature humaine qui est donnée à voir à l’écran et qui peut contribuer au malaise de plus d’un spectateur. Pour regarder ses films jusqu’au bout, il faut accepter ce voyage dans l’inconscient et donc une dépossession de l’omniscience ou plutôt de son illusion. En ce sens, tous ses films sont un Voyage of time : au fil de la vie et on peut voir son avant-dernier long métrage portant ce titre comme une allégorie de la totalité de ses productions. Il nous emmène ainsi dans la phénoménalité qui régit nos existences psychiques et physiques, d’où cet effet parataxique -voire même rhapsodique – par l’accumulation des images qui se succèdent dans chacun de ses longs métrages sans permettre au spectateur d’y plaquer un sens précis mais l’invitant à éprouver cette rhapsodie intérieure. Car le « moi » est bien un théâtre dans lequel se succède les perceptions ad nauseam. En ce sens, les films de Malick sont des miroirs, et on sait à quel point un miroir peut être dérangeant pour celui qui s’y mire. Cette succession c’est ce que nous appelons vie, avec ce qu’elle implique : des souvenirs accumulés au fil du temps et des désillusions.

Les personnages de Song to song se meuvent avec tout ça. Ils jouissent, ils souffrent, ils vivent et ils chantent. On notera la spécificité de ce dernier film par une dimension plus dialoguée, un peu moins opaque ; une sensibilité à la quotidienneté se laisse voir derrière un dispositif conceptuel néanmoins identique. Une constante remarquable dans les films de Terrence Malick tient au fait qu’à un moment où un autre on entend l’appel du sacré comme le seul qui puisse donner sens à nos existences mais que cet appel n’est audible que lorsqu’on accepte de faire corps avec la vie et tout ce qu’elle implique. Ainsi, si le terme « pécheur » apparaît à un moment, ce n’est pas pour condamner mais bien pour sauver. C’est pourquoi il convient de le comprendre – ou plutôt de l’entendre –  comme un appel à l’élévation empreint de l’indulgence de l’inéluctabilité de la chute.

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