Plus jamais seul

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SOLITUDE

Plus jamais seul est le film poignant à la mise en scène épurée d’un jeune cinéaste chilien, Alex Anwandter. Il part d’un fait divers l’ayant particulièrement marqué : l’agression violente d’un jeune étudiant homosexuel par des jeunes de son quartier de Santiago de Chile – dont son amant secret – dans toute sa brutalité arbitraire. Le véritable héros du film est en fait le père, confronté à ce fait et horriblement seul devant sa réalité et ses aléas financiers, administratifs, médicaux, judiciaires alors que son fils est plongé dans le coma. Il continuera à faire tourner son usine de fabrication de mannequins (faisant penser ironiquement au générique de la série Nip/Tuck notamment dans une scène terrible qui montre alternativement le visage sanglant de son fils tabassé et le visage d’un mannequin travaillé par le père au chalumeau). En voyant agir ce père-courage, on ne peut s’empêcher de faire un lien entre Plus jamais seul, et Félicité, le dernier film d’Alain Gomis dans lequel une mère congolaise faisait tout pour sauver son fils victime d’un accident de la route. Dans tous ses domaines, il se confronte à une radicale impossibilité de réparation, ce qui l’amènera à remettre en question sa manière de vivre d’une droiture rigoriste. En ce sens, c’est le contraste entre la facilité de la destruction d’une vie et la difficulté – voire l’impossibilité – de sa réparation qui nous est montré à travers les plans.

L’espoir ne vient finalement que dans une forme de réminiscence -rappelant un peu, en ce sens,  Irréversible de Gaspard Noé –  à travers des souvenirs qui n’ont pourtant pas été vécu pleinement entre le père et le fils si différents. Le père ne s’intéressant effectivement vraiment à son fils et à ses activités – notamment la danse – que rétrospectivement et sur le mode de la perte et du rendez-vous manqué. Les rêves avortés du fils deviennent la raison de vivre du père et on peut voir en ce sens une dialectique de l’engendrement du père par le fils entre vie et mort par la survivance de la vie dans le corps réduit à l’inertie.

Ainsi, malgré le calme apparent du film, rythmé par des plans vu d’avion de la ville qui contribuent à une prise de recul sur la situation, il y a quelque chose de profondément bouleversant dans ce sauvetage désespéré marqué par une volonté tragique d’affronter la situation de la part de ce père que tout oppose à son fils mais qui refuse néanmoins d’abandonner la lutte au nom des valeurs qui semblent l’animer et qui transcendent toute différence par les principes d’amour et de justice qui les sous-tendent.

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