Silence

silence-martin-scorcese-1

ÉLOQUENCE

On retrouve dans le dernier film de Martin Scorsese la présence d’une spiritualité qui a toujours été patente dans ses films, bien qu’à des intensités et sous des formes variables accompagnée d’une fascination constante pour la figure du Christ. Cette figure est d’ailleurs ici uniquement présente sous forme de symbole, là où elle trouvait, avec Willem Dafoe, une magnifique incarnation dans toute son ambivalence et sa complexité théologique,  dans La dernière tentation du Christ (1988).

Ici Dieu est abordé par son absence; d’où le titre : Silence. Non pas le silence de Dieu mais celui de l’épreuve de l’abnégation à laquelle se trouve confrontés les prêtres Jésuites face aux autorités des gouvernants japonais, contraints par ces derniers de renier le Christ et de se convertir au bouddhisme. Il est assez troublant de retrouver Andrew Garfield dans le rôle titre, lui qu’on a vu il y a peu dans Tu ne tueras point de Mel Gibson, sous les traits d’un soldat américain objecteur de conscience lors de la Guerre du Pacifique; refusant à la fois de prendre les armes et de déserter le front.

Il s’agit en effet de deux rôles très similaires par leurs motifs pauliniens : le renversement de la force militaire par l’aveu de la faiblesse de la condition humaine universelle. Dans les deux cas, il s’agit bien d’unifier plutôt que de séparer. D’affirmer l’Amour de Dieu de manière inconditionnelle, même de manière muette en supportant l’épreuve et les doutes qui lui sont inhérents.  Silence se déroule dans une certaine lenteur – sans doute justifiée par la thématique de l’abnégation poussée ici à son paroxysme- et on est bien loin du Scorsese hystérique (que l’on peut tant aimer par ailleurs) mais il reste quelque chose de la verve de ces films là, transposée toutefois dans une Foi invincible, supportant toutes les épreuves. En ce sens, ce film « de vieillesse » témoigne d’une véritable évolution, l’hystérie et le goût de l’hybris s’effacent pour un récit moins rythmé, plus contemplatif et cérébral ; s’arrêtant davantage sur ses motifs en prenant le temps d’en déployer chaque implication et en invitant ainsi le spectateur à la réflexion.

En ce sens, on regrette parfois la surenchère dans l’apologue même si ces excès narratifs sont compensés par un propos foncier éthique très fort conduit par une conviction irénique religieuse manifestement très profonde (on repense au personnage de Ray Liotta dans Les affranchis, qui portait à la fois la croix chrétienne et l’étoile juive). Cet irénisme éclate ici dans le dernier plan qui témoigne de la force de la Foi et de l’Amour. Un Scorsese de la maturité qui nous offre ici un superbe tableau messianique en dépit de ses quelques défauts de tonalité et de rythme grâce à un aveu d’une Foi qui ne peut pas laisser indifférent. Le philosophe Suisse Max Picard accordait d’ailleurs une positivité au silence dans son ouvrage Le monde du silence (1948) en lui accordant une positivité foncière de par son aspect sempiternel. En effet, il semble que le silence de l’abnégation soit une manière de vivre déjà sur le mode de l’éternité car tout est déjà contenu en lui et qu’il n’attend par conséquent rien d’autre que ce qui est.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s