Tout un monde lointain

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HEROÏSME(S)

Tout un monde lointain, le nouveau film d’Alain Mazars, réussit un assemblage intéressant du particulier et de l’Universel. Cet absence de dualisme tient tout d’abord à la forme même du film (qui est à la lisière du docu-fiction et de la fiction pure) et simultanément dans le contenu : celui d’associer la littérature à la sagesse bouddhiste et plus particulièrement de mener de front la thématique de l’héroïsme, en effet omniprésente dans le film. On ne peut que s’en étonner, dans la mesure où l’héroïsme est  – a priori – antithétique avec une l’éthique bouddhiste de la dépersonnalisation. Dès lors, il faut bien supposer qu’on nous invite à repenser cette notion et à voir en quoi elle est essentielle y compris d’un point de vue spirituel. Avec cette notion d’héroïsme, c’est également le rappel de la spiritualité de la tragédie grecque qu’Alain Mazars fait entrer dans la spiritualité hindou. En effet, si l’héroïne (Thiri) choisira de devenir écrivaine plutôt que nonne – comme le lui avait conseillé son amour (qu’elle appelle « son héros »), le moine bouddhiste qu’elle aimait – elle vivra néanmoins dans le monastère et selon ses préceptes, étape iniatique avant de retourner dans le monde, tout en vivant en dehors, pour commencer sa vie d’écrivain à Mandalay.

On pense inévitablement à Apichtapong weerestakhul devant ce beau film poétique et contemplatif qui laisse place à la survenance d’un temps cyclique et par là d’une réconciliation du temps avec l’éternité et du monde physique avec la dimension métaphysique qui s’y rattache et lui donne sa réalité propre. C’est pourquoi tout paraît si incarné et substantiel, il y a un dépassement de la temporalité narrative au profit d’une narration du présent et une profonde invitation à vivre d’après ses aspirations, ici et maintenant en abandonnant toute honte et en s’abandonnant à la passion et à l’éthique qu’elle permet d’acquérir dès lors qu’elle est vécue avec une maturité spirituelle. Le détachement qui conduit à l’activité authentique qui seule permet d’atteindre l’éternité dans le temps du monde, abolissant la séparation entre les êtres, les vivants comme les morts, est alors atteinte comme béatitude et vision du monde s’y rattachant.

Ainsi, à l’issue de la projection, le soit-disant monde lointain paraît paradoxalement très proche de nous, et même plus proche que jamais !  Car il nous est rendu par le dévoilement de nos facultés propres et auxquelles nous pouvons avoir accès par l’ouverture au désir et à ce que l’on appelle « monde », qui n’est jamais lointain, mais toujours ici et maintenant comme témoignage d’une infinité de possibles et bien davantage encore.

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