The fits

thefits

KINESTHÉSIES

La jeune héroïne de The fits – « Les crises » ou « les spasmes » en français – (réalisé par Anna Rose Holmer dont c’est d’ailleurs le premier film) occupe toute la place avec son petit corps si actif et si énergique qui ne laisse voir aucune faille. Son frère est boxeur de haut niveau et il s’occupe également de la salle le soir, après les cours. Le corps de la jeune fille semble être construit sur le modèle de celui de son frère dans un parfait mimétisme et il s’entraîne d’ailleurs chaque jour avec elle comme avec un camarade et sans la ménager.

Sauf que sa jeune sœur, alors qu’elle entre dans la puberté, va se tourner vers une forme de danse sportive qui se pratique également dans ce complexe sportif,  et uniquement par des filles, s’éloignant ainsi du giron de son frère aîné. Le symbole est aisément déchiffrable : il s’agit de l’émancipation et la découverte de la féminité qui est métaphorisée par ce glissement d’intérêt en terme de loisir, ainsi que la découverte de l’autonomie par une passion propre. Sauf que la puberté est ici traité presque d’un point de vue mystique : toutes les filles du cours de danse, les unes après les autres, se mettent à avoir des crises d’épilepsie- au moment même où elles répètent la chorégraphie pour le concours à venir très prochainement.

On en vient presque à penser à L’idiot de Dostoïevski et à l’extase épileptique du prince Mychkine tant ces crises finissent par être vécues comme des événements de la plus haute importance pour les intéressées.

La lumière n’est jamais faite sur cet étrange et récurent phénomène mais il semble patent que cela a à voir à la fois avec la féminité et l’extase que permet d’atteindre la danse et l’espace de liberté et d’expression qu’elle ouvre à ces jeunes femmes au bord de l’âge adulte. Dans ce qui leur arrive, toutes ces filles partagent manifestement un secret – l’héroïne reste la dernière à ne pas avoir connu cette expérience épileptique confinant à l’extase et la dernière scène du film montre bien sur cette extase, tout en pudeur, de dos pour maintenir l’ambivalence de l’expérience (car il s’agit bien d’un secret partagé par cette communauté de danseuse). Tel un corps glorieux, davantage dans la virtuosité que dans l’affect pathologique par une métamorphose propre à l’extase par laquelle l’intime rejoint l’universel dans une chorégraphie ambiguë, entre maîtrise et folie, entre tension et relâchement dans un parfait devenir : toute crise ou convulsion (fit) n’est-elle pas justement motivée par la nécessité d’une métamorphose? Dès lors chacune de ces crises sera vécue comme une conquête de soi-même dans une épreuve heuristique à la fois corporelle et spirituelle dans un non-dualisme des deux dimensions.

Ainsi, on ne peut s’empêcher d’y voir une allégorie du dépassement de la pathologie par l’art et le champ d’expression qu’il offre au corps et à ses mémoires intimes et à sa puissance plastique. La métamorphose du corps advient dès lors qu’il trouve un espace propice pour « danser dans les chaînes » et ainsi entrer en extase transfiguratrice.

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