L’ornithologue

lornithologue

L’ASCENSION

L’ornithologue est un film pour le moins surprenant. Il est réalisé par Joao Pedro Rodrigues (jeune cinéaste portugais remarquable disant avoir pour principal modèle, Pier Paolo Pasolini) avec Paul Hamy – ayant partagé le lit de Catherine Deneuve dans Elle s’en va – dans le rôle-titre. D’ailleurs ici, c’est lui, Fernando, qui s’en va. Malgré sa maladie (Sida) il ne résiste pas à l’appel de la nature et particulièrement à celui des volatiles. Nous suivons donc ce passionné d’oiseau dans un cadre magnifique quelque part à la frontière entre l’Espagne et le Portugal dans les gorges fluviales du Haut Tras-os-Montes. Tout commence ainsi comme un reportage animalier ; on voit Fernando heureux dans son kayak, nous faisant partager sa passion, armé de ses jumelles à bout de bras. Et puis, après avoir croisé une cigogne noire, l’intrigue prend un tournant étrange. La nature devient soudain hostile. Le film passe soudainement de la contemplation à l’action sans se départir d’une certaine richesse contemplative.

Il demeurera inclassable, à moins d’avoir recours au terme « initiatique » et d’en faire un genre cinématographique à part entière. D’un point de vue formel, on ne peut manquer de remarquer la beauté esthétique de chaque plan et le soin porté aux détails. L’humain est filmé dans sa dimension mythologique et sauvage, dans sa violence comme dans son désir et précisément dans la corrélation des deux termes. On repense inévitablement aux Métamorphoses d’Ovide devant certains plans et la métamorphose aura bien lieu, comme dans tout récit initiatique. Ici, bien plus qu’un récit initiatique, c’est d’ailleurs l’histoire d’une résurrection et d’une transfiguration ; et donc, du passage de la vie à un au-delà. Ainsi, l’incroyant deviendra Antoine de Padoue, le sourd-muet, amant contingent dans la vie sainte, deviendra Thomas, son amant pour l’éternité après la conversion du désir. Ici, c’est finalement par la nature que vient la résurrection et non par la technique, précisément parce que la nature apparaît doté d’un pouvoir sur-naturel et transfigurateur. Ainsi, Fernando ne répondra jamais à l’homme qui l’aime et lui envoie des messages inquiets sur son téléphone mobile. C’est pourquoi, avant la résurrection, il se dépouillera peu à peu de tout ce qu’il possède, jusqu’à ses médicaments dont il avait un besoin vital dans la vie sensible, comprenant qu’il est déjà mort de cette vie et ressuscité.

Un appel métaphorique à vivre d’après ses désirs les plus essentiels pour ressusciter et changer de figure à cause de notre faiblesse? (Il faut reconnaître ici une citation des Pensées de Blaise Pascal).

Ce qui est certain, c’est que le désir apparaît ici corrélé à la sainteté et le monde à « l’au-delà » qui est encore, ici, à l’intérieur du monde.

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