La fille de Brest

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MÉDIA VERSUS MÉDIATOR

La fille de Brest raconte l’histoire du grand combat d’Irène Frachon, une pneumologue du CHU de Brest qui décide, après en avoir constater les dégâts meurtriers sur ses patients, de faire tout ce qui est en son pouvoir pour retirer du marché pharmaceutique un dangereux médicament appelé « Médiator », utilisé par les patients diabétiques et les personnes en surpoids, dont de nombreux d’entre eux ont fait les frais et à cause duquel beaucoup ont perdu la vie. A l’écran, elle est incarnée par l’attachante Sidse Babette Knudsen qui rend compte de toute la dimension humaine du combat et rallie ainsi très vite le spectateur à sa cause. Au cours de son bras de fer avec le laboratoire commercialisant le Médiator et la CNAM – qui durera plus de deux ans et est toujours d’actualité puisqu’il n’y a encore eu aucune condamnations. D’autres personnages, proches d’Irène, gagnent peu à peu notre cœur précisément parce qu’ils ne sont pas des héros mais des hommes et des femmes comme on en croise tous les jours, avec leurs faiblesses, leurs imperfections, leurs réussites et leurs échecs mais qui ont en commun la volonté de s’opposer à l’inacceptable.

On vibre avec eux à chaque tension et chaque inquiétude dues à tel ou tel obstacle rencontré, et la réussite du film d’Emmanuelle Bercot tient précisément à cette capacité à faire naître l’empathie et à réveiller la vigilance sur le mépris réel et scandaleux de l’industrie pharmaceutique envers la santé. Ici l’être humain, même lorsqu’il est montré dans sa dimension organique, de Körper (le corps mort devenu médicalement matière inerte), ne perd en rien sa dimension sensible de Leib (corps sensible avec ses vécus) grâce à cette empathie. Ces deux dimensions apparaissant précisément dans une parfaite unité, comme en témoigne la scène vibrante d’émotion dans laquelle Irène tient dans ses mains le cœur de sa patiente décédée à l’occasion de l’autopsie du corps de cette dernière.

Le portrait de cette héroïne ordinaire, d’une combativité à toute épreuve et ne ménageant pas sa propre santé , d’une spontanéité rafraîchissante, pleine de vie et d’une éthique médicale (trop) rare dans son souci réel du sort de chacun de ses patients, touche en plein cœur. On adhère ainsi et la cause qu’elle défend sans que l’effet dramaturgique ne soit jamais forcé, l’accent étant mis davantage sur la positivité du combat qui constitue la meilleure manière de rendre hommage aux victimes dans une absence de séparation entre la mort et la vie et entre la maladie et la santé qui sont autant de faces constitutives de la vie humaine. Que dire de plus? Un grand film humain, et ayant de surcroît le mérite d’être d’intérêt public.

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