L’ange blessé

MÉTAMORPHOSES

L’ange blessé est le deuxième opus du triptyque du jeune cinéaste kazakh, Emir Baigazin après Leçons d’harmonie (sorti en 2014) nous n’avons pas ici à faire à un seul ange blessé mais à quatre jeunes garçons qui rencontrent des obstacles sur leur chemin vers les différentes voies qu’ils désirent poursuivre.

Jaras porte des sacs de farine pour nourrir sa famille. Son père, qui sort de prison, ne trouve pas de travail. Jaras doit-il inexorablement devenir à son tour un voleur pour sauver l’honneur paternel ?

Balapan (surnommé « Poussin ») chante dans une chorale et espère faire une carrière de chanteur. Les petits caïds de son collège le provoquent quotidiennement pour l’inciter à se battre. Balapan doit-il céder à la violence pour en finir avec ces humiliations ?

Zhaba qui vit seul avec sa mère erre parmi les ruines et dans les égouts de son village à la recherche de métaux dans l’espoir de les revendre et accumuler de l’argent. Un jour, il rencontre trois fous – prétendant connaître le fameux « ange blessé »-, gardiens d’un trésor dans une mystérieuse caverne. Zhaba doit-il dérober le butin à ces pauvres hères ?

Aslan est un élève brillant promis à des études de médecine. Après avoir forcé son amie à avorter, il sombre dans la folie et imagine qu’il se transforme en arbre.

Quel dénominateur commun entre ces quatre destins? Précisément la notion d’obstacle qui vient empêcher l’accomplissement souhaité et provoque un décours attendu et la perte de l’innocence dans le monde. Comme dans Leçons d’harmonie, Emir Baigazin s’efforce ici de filmer la fragilité de la frontière entre le bien et le mal et entre la santé de l’âme et la folie. Ainsi on retrouve chez chacun d’entre eux l’ambivalence morale qu’on lisait déjà sur le visage d’Aslan, protagoniste des Leçons d’harmonie, ainsi que le thème de la décadence inexorable dès lors qu’on quitte le monde de l’enfance (chute d’ailleurs thématisée à travers la représentation de tableaux d’Hugo Simberg et dont le titre du film est également emprunté à l’un d’eux).

Pourtant, le propos d’Emir Baigazin est loin d’être manichéen et encore moins moraliste, car même après la chute, il subsiste une forme de pureté chez ces anges déchus dont il sublime les visages. Et c’est précisément ce qui est beau dans son cinéma : cette ambivalence de la pureté qui semble être à son paroxysme entre l’ombre et la lumière. S’il y a ce paradoxe maintenu c’est parce que la pureté existe dans ce qui demeure même après la corruption inévitable et liée à l’incarnation (les corps sont filmés dans leur intimité et crient ce déchirement à travers la chair), même après la perte ; précisément dans la chute elle-même, lorsque les anges blessés deviennent des anges déchus par leur dimension amphibie, oscillant entre ombre et lumière. De ce point de vue, le film peut être lu comme un éloge esthétique de la chute.

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