Théo et Hugo dans le même bateau

lepremiermetro

SODO, HOSTO, METRO

Le dernier film réalisé par l’éternel couple (au cinéma et dans la vie) formé par Olivier Ducastel et Jacques Martineau a quelque chose d’un retour en arrière, voire même d’une nostalgie discrète, puisqu’ils choisissent de filmer une relation naissante entre deux jeunes hommes d’une vingtaine d’années qui commence dans l’anonymat d’un sex-club parisien du second arrondissement, ici présenté comme lieu des possibles : « L’impact ».

Il y aura bien un impact, et pas seulement d’ordre physique. Celui que l’on appelle métaphoriquement « le coup de foudre » qui passe ici par la médiation de la chair et ce que ça implique (jouissance et, potentiellement, souffrance, car comme dans tous les films du couple, la maladie est toujours présente). Le film part en effet du charnel en montrant -sans tabou ni pudibonderie feinte- les corps qui s’observent, se désirent, se cherchent et s’unissent au risque de se perdre. Ce n’est qu’après la scène d’ouverture au club, aux allures parfois presque chorégraphiques dans la volonté de montrer la magie qui s’opère et qui produit presque  une réminiscence de Jeanne et le garçon formidable (Car au fond, peu importe le remplacement de la parole ; que ce soit chanter au lieu de parler ou faire l’amour au lieu de parler : dans les deux cas, les insuffisances du langage pour signifier la relation intime à l’autre, sont pointées et contournées pour trouver la possibilité de vivre en exprimant autrement ce qui relève de l’indicible), que nous abandonnons peu à peu le rapport immédiat à la chair pour aller vers une dimension plus immatériel de la vie avec lequel il flirte au fur et à mesure des séquences qui s’enchaînent en temps réel et parviennent à nous faire éprouver pleinement « ce qui arrive » dans ce temps là : l’événement de la rencontre et ce qui en découle, ce qui commence arbitrairement.

Ici, ce qui pourrait se présenter comme un obstacle coupant court à la relation devient une contingence comme une autre et paradoxalement presque un tremplin puisqu’il s’agit d’affronter ensemble dans une acceptation et une ouverture absolue à ce qui vient et dans une activité syncrétique qui prend le parti de faire corps avec ce qui est.

C’est donc sous le signe du hasard et de la réconciliation avec la contingence que sera filmée cette rencontre d’une nuit (l’étymologie de « tuchè » : hasard en grec, signifie d’ailleurs rencontre) tout en exhalant un soupçon de fraîcheur typique de la nouvelle vague. Nous suivons ainsi les tribulations urbaines et erratiques, redessinant Paris by night, d’Hugo et Théo de 4h47 à 6h00 du matin, interstice temporel filmé dans une parfaite intimité et adéquation avec les personnages et dans lequel on retrouve un peu d’éternité. En effet, au travers de ce temps, ils passent par à peu près toutes les émotions humaines possibles et parviennent ainsi à saisir pleinement l’intensité du vécu qui se déploie de ce temps, jusqu’à l’instant lucide de la décision « l’heure où tout commence » et où par conséquent il est prohibé de se retourner, après avoir pris le premier métro (scène d’une beauté intense pour sa simplicité et son humanité) et l’heure à laquelle le film s’achève ; sub specie aeternitatis.

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