Le fils de Joseph

le-fils-de-joseph

AU NON DU PÈRE

Le fils de Joseph que nous devons au réalisateur du Pont des arts et de La sapienza : Eugène Green, est un film construit tout en allégorie biblique autour du sacrifice d’Abraham. Cependant le sacrifice apparaît ici inversé puisque c’est le fils qui doit se résoudre à sacrifier son père indigne en attendant un signe du ciel qui redonne du sens à son existence. Comique et tragique se confondent dans une tonalité indécidable où la satire perce tout de même à plusieurs reprises. Cette ambivalence tonale est à l’image de celle qui anime le protagoniste, s’exprimant avec une diction théâtrale qui aide à construire la distance nécessaire pour cette narration résolument littéraire et ancrée dans une temporalité et une spatialité parfaitement épurée, comme pour laisser place à la manifestation du métaphorique qui prend ici le pas sur la réalité brute. Un garçon cherche à connaître son père, jusque là le scénario est extrêmement classique. Ce garçon est plus sensible que les autres, plus décalé et se cherche en même temps qu’il cherche ses origines. Cette recherche donnera lieu à une forte désillusion (son père est une ordure, un éditeur pourri et cynique) et à une rencontre qui permettra une ouverture et le commencement d’autre chose.

La mise en scène est réellement rafraîchissante et rappelle souvent Le pont des arts : à plusieurs reprises, on voit les personnages marcher dans des paysages de Paris, habituellement toujours surpeuplés dans la réalité, mais ici montrés déserts et manifestement sans souci de vraisemblance (comment imaginer le parc du Luxembourg totalement désert un samedi midi alors qu’il fait beau?), comme pour symboliser cette distance par cette mise en scène épurée.Le film se veut donc bien plus symboliste que réaliste et finalement plus poétique que satirique même si les deux genres s’entremêlent. Quoi qu’il en soit, le réalisme est abandonné au profit de la démarche esthétique qui se confond avec le propos ne pouvant être dit que par une esthétique particulière, rendant compte des limites du monde.

Au final, Le fils de Joseph s’avère être un souffle de liberté, un appel à l’évasion de la médiocrité mondaine et sociale ainsi qu’une parenthèse sur le monde qui fait du bien et encourage à poursuivre sa voie et ses aspirations.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s