The pursuit of loneliness

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SOLITUDE ET SOCIÉTÉ

The pursuit of loneliness, film en noir et blanc tourné dans le comté de Los-Angeles, raconte en séquences alternées les derniers moments de la vie d’une vieille dame vivant dans une solitude absolue, et l’enquête menée pour retrouver ses proches après son décès à l’hôpital. En parallèle, nous suivons aussi d’autres patients ainsi que des membres du personnel soignant de ce même hôpital. La démarche ne s’apparente pas vraiment au documentaire mais s’opère plutôt par un ancrage dans l’expérience singulière de chacun et depuis sa perspective propre que le réalisateur semble s’efforcer de rendre tangible de manière paroxystique pour le spectateur.

Les plans rapprochés permettent d’ailleurs de s’ancrer dans l’épaisseur et la texture des choses et dans la temporalité de l’individu, faisant ainsi ressentir au spectateur la matérialité des épreuves des patients, dont la nature est à la fois corporelle et spirituelle. Il leur faut accepter d’être dépendant et l’attente qui est le lot de tout patient avec la forme d’abandon que cela nécessite. C’est également cette reconfiguration de la vie d’après la maladie et la transition entre autonomie et dépendance que filme Trush en rendant hommage aux derniers moments d’autonomie dont il parvient à montrer la richesse intime. Le choix de les filmer rétrospectivement en séquences alternées, et donc dans une absence de dichotomie avec le présent, semble vouloir lutter contre leur oubli.

Ainsi, lorsque que nous suivons rétrospectivement le trajet de la vieille dame et ses dernières déambulations dans son quartier, avec ses deux petits chiens qu’elle adore, c’est l’ancrage dans une quotidienneté qui est particulièrement réussi et touchant car il est pleinement synesthésique jusqu’à en être troublant mais jamais dérangeant. Il y a d’ailleurs une scène absolument incroyable du point de vue sensoriel et qui intervient alors qu’elle rentre péniblement chez elle après avoir fait les courses. La magie opère par la simple présence des ventilateurs : cette scène est filmée d’une telle manière que l’on croit ressentir chaque souffle frais et apaisant sur la peau de la vieille dame et son soulagement éphémère de la chaleur insupportable pour son corps souffrant. Lorsqu’elle s’étend dans son appartement invraisemblablement encombré de divers objets mais dont on sent combien chacun d’eux racontent également son histoire par les petits détails qu’il  nous est permis d’entrevoir, c’est comme un moment de grâce retrouvée par cette faculté à être encore capable de conquérir du bien-être par soi-même dont il témoigne. Il se dégage une forme de respect profond et une forme de spiritualité unie avec la matérialité dans la manière dont Laurence Trush filme l’intimité du vécu.

Ainsi, chaque plan, même silencieux, semble crier que cette intimité souffre d’être oubliée par la société et ses normes et qu’il se joue également une vie riche dans la solitude des êtres. Au final, même si le film n’est jamais polémique, il peut être lu comme un manifeste pour la reconnaissance des existences singulières et solitaires.

Au final ce film touche profondément car il est d’une rare empathie, ni bavard ni voyeur, mais simplement en adéquation acérée avec le réel et le sensible qu’il capte à la perfection en permettant un véritable partage de l’expérience d’autrui.

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