Homeland : Irak année zéro

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AUX ORIGINES

Homeland : Irak année zéro est un documentaire irakien qui se concentre sur les origines du conflit israélo-palestinien – de presque six heures les deux parties mises bout à bout. C’est cependant depuis une perspective très particulière et inattendue puisqu’il est le résultat de ce qui se présente d’abord comme un film de famille par Abbas Fahdel retraçant la fin du dictât de Saddam Hussein jusqu’au bombardement de Badgdad en mars 2003 par Georges W. Bush signant l’avènement de la seconde guerre du Golfe et sur laquelle s’achève la première partie intitulée « avant la chute ». La chute doit d’ailleurs ici être comprise aussi bien intimement que politiquement – l’intérêt de la démarche étant précisément dans cette corrélation- dans la mesure où elle détruit aussi bien des territoires sur lesquels vivait des nations et des familles que des êtres singuliers.

Le procédé tire d’ailleurs sa force de cet ancrage en politique par l’intime et en parvenant finalement à montrer que les deux sont inexorablement liés dans le vécu en introduisant le macrocosme par le microcosme. Ainsi, on voit à plusieurs reprises les enfants (notamment ce lumineux Haidar, le jeune neveu du réalisateur plein d’intelligence et de verve et qui participe beaucoup à la force de ce long documentaire – en le transformant en une tranche de vie à vif et des plus fascinantes- en tant qu’il incarne tragiquement et allégoriquement une jeunesse précaire mais néanmoins porteuse d’espérance dans cette urgence du présent) parler politique comme des adultes, dans une forme d’effervescence encore enfantine mais non moins lucide sur ce qui arrive : « le monde est en ébullition et on est au courant de rien » s’offusque Haidar du haut de ses douze ans  alors qu’il se soucie de mettre des provisions d’eau et de nourriture de côté en vue de la guerre qu’il sait arriver et se plaint de devoir manquer les cours pour s’occuper du puits dans le jardin.

Finalement, ce qui apparaît surprenant par dessus tout, c’est cette envie de vivre malgré la fatalité de la guerre et cette volonté de dignité et d’honneur à tout prix, même « après la bataille » (le titre de la seconde partie), de ne pas baisser les bras face à l’adversité – qui n’est finalement pas présenté ici comme adversité politique mais bien comme celle du monde dans son essence fondamentalement agonistique qui prend d’abord corps dans le cœur des hommes avant de s’incarner sur les territoires dévastées d’un monde en fuite. En certains lieux, il se fait désert d’humanité et de sens mais depuis lequel un cri d’espoir ou de révolte – à la tonalité indistincte- peut encore et toujours surgir, même après la chute et ses désillusions. Ainsi, dans la seconde partie, même lorsque la maison d’une famille au toit en carton s’effondre sous les assauts de la pluie, comme une allégorie de la destruction radicale qui s’opère, les habitants continuent à tenir le siège et exiger réparation, entre déréliction et combativité malgré le décours attendu.

Le réalisateur, par une mise en abyme, montre ainsi que le cinéma de l’intime est pour lui une possibilité de crier pour se faire entendre dans un univers sclérosé, un moyen de faire reculer la fin d’un monde : le sien, le leur et le nôtre, par extension de la sphère privée à la sphère public, de l’intime au politique. Dans le livre X de la Poétique, Aristote affirme une supériorité de la poésie sur l’histoire dans la mesure où elle est capable d’anticiper l’avenir. Clairement,à la vision de ce documentaire, on pourrait en dire autant du cinéma et c’est finalement cette protention qui frappe en plein cœur avec les dernières images. En effet, inévitablement lorsqu’elles apparaissent, on pense à tout ce temps passé à filmer les ayant précéder pour montrer ce qui arrive, et en tant que spectateurs-témoins à contretemps, on se dit que cette réflexivité cinématographique était sans doute également, pour lui et ses proches, une manière de tenir le siège et de garder une maîtrise sur son destin en lui opposant le présent de la vie ; c’est-à-dire l’éternité qui seule échappe au temps de l’Histoire-faucheuse.

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