Back home

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STILL ALIVE

Comme Oslo 31 aout, le précédent long-métrage de Joachim Trier qui montrait en une journée le trajet d’un jeune homme faisant face à une dépression aiguë, celui-ci, également co-signé avec Eskil Vogt s’avère être d’une égale puissance existentielle.

La thématique du deuil y est subtilement traitée et dans une poésie parfois exacerbée là où elle était plus retenue dans Oslo. Toutefois, on y retrouve bien le récit terrestre d’une blessure intérieur ainsi que le déchirement entre la vie et ses extrêmes limites. Et c’est finalement l’ancrage dans le quotidien qui sauve du décours inévitable engendré par la perte de la mère (quasiment au même moment est d’ailleurs sorti le dernier film de Nanni Moretti, Mia madre, un drame également superbe dans un autre registre) : ici tous les personnages sont finalement très ancrés dans la matière du monde malgré tout et comme en témoigne le beau texte écrit par Conrad, le plus jeune fils d’Isabelle (incarnée par Isabelle Huppert dont elle partage le prénom), photographe géo-politique décédée.

Cette réconciliation ayant lieu dans le présent des choses matérielles est aussi ce qui donne au film sa beauté singulière par la transcendance inversée dont elle procède qui consiste finalement à revenir vers le monde grâce aux actions de Conrad qui apparaît d’abord, du point de vue externe comme détaché du monde (écrire est donc sa manière à lui d’être « back home » ; le leitmotiv du film décliné en multiples variations métaphoriques).

Ainsi, s’il apparaît d’abord comme un garçon sans sensibilité, enfermé dans ses jeux vidéos, son intelligence extrême va se révéler par ce texte surprenant permettant de nous immerger dans son intimité. Cet écrit est inspiré par une réflexion sur les détails de sa vie qui finalement en disent plus à eux seuls que les tentatives d’expressions maladroites du drame. Sortie de soi catalysée par la présence du grand frère qui révèle Conrad sous son jour véritable, médiateur du renversement de perspective par l’expression poétique de l’être-au-monde venant contourner l’impossibilité de dire la souffrance du traumatisme.

Au final, Back home est donc bien un éloge de la vie mais qui ne souffre pas de la contrainte de la bien-pensance ni du dictat du bonheur et qui laisse chacun être ce qu’il est sans jamais tomber dans le jugement. Tout est dit de manière subtile et poétique, dans une parfaite adéquation avec l’intimité des personnages et leur être-au-monde.

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