Norte, la fin de l’histoire

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DE TE FABULA NARRATUR

Lav Diaz, connu pour être le « père idéologique du nouveau cinéaste philippin » et également pour la durée hypertrophique de ses productions (celui-ci, libre inspiration de Dostoïevski –Crimes et chatiments-, dure plus de quatre heures). iL nous immerge avec beaucoup de réalisme et de manière très talentueuse ( photographie et plans d’une esthétique superbe) dans le quotidien de différentes castes de personnes : un groupe de jeunes trentenaire intellectuels et une famille simple qui peine à joindre les deux bouts.

Là où ils vivent, il y a une femme, prêteuse sur gage avide et intransigeante qui tient à sa botte les habitants. La famille pauvre est contrainte de tout lui sacrifier, y compris ce qu’elle a de précieux sentimentalement (sa bague de mariage). Un soir, Fabian, l’un des hommes du groupe d’intellectuel – un solitaire à tendance anarchiste – assiste à une scène entre la femme de la famille pauvre et la mégère qui lui claque la porte au nez et refuse de l’aider alors qu’elle n’a plus de quoi nourrir ses enfants.
Il décide alors de commettre un crime vengeur contre la prêteuse sur gage et la fille de cette dernière sauf que c’est Joaquin, le mari de la femme éconduite par la prêteuse sur gage, qui va être accusé de son meurtre et se retrouver en prison à la place de Fabian.

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A partir de là, le film rappelle parfois A la folie, ce beau documentaire de Wang Bing sorti à la fin de l’hiver dernier, en tant qu’il nous plonge dans le quotidien des prisonniers jusque dans les plus petits détails et instaure une temporalité qui permet cette immersion totale.
En parallèle on continue à suivre la vie de la famille pauvre dans son quotidien,on assiste sans pathos à la douleur des enfants et de la femme privés de leur père mais qui garde la foi tandis que ce dernier refuse de céder à la violence de la prison et à la colère contre l’injustice qu’il subit en restant toujours droit et vertueux, et bon y compris envers un homme qui le brutalise injustement. A l’inverse l’homme qui est coupable et libre, va pour sa part sombrer peu à peu dans une folie destructrice, après ne pas s’être dénoncé au autorités et avoir laissé un autre payer pour lui.


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Au final, Norte s’avère être une très belle allégorie sur la justice et le combat entre le vice et la vertu  en parvenant à transmettre une foi invincible dans la bonté -envers et contre tout – même s’il manque une conclusion finale nette à ce film qui dure plus de quatre heures. Le réalisateur a d’ailleurs du mal à conclure par une scène qui clarifierait le propos. Malgré cela le film est vraiment beau d’une manière tout à fait originale dans sa manière de délivrer un message d’espérance, malgré sa morale chrétienne universelle qui apparaît toutefois ici dans sa plus haute vérité, montrant – par son eschatologie omniprésente dans le sous-texte mais toutefois sans jamais l’évoquer explicitement pour ancrer cette foi authentique dans une simplicité du rapport avec les choses – à quel point tout emprisonnement est d’abord spirituel.

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