Le fils de Saul

lefilsdesaul

AU NOM DU FILS

Le fils de Saul de László Nemes est un film extrêmement poignant et important qui se déploie dans une violence et un réalisme extrêmes et a l’intelligence d’aborder la souffrance des camps d’un point de vue particulier, avec une obsession qui rappelle les films de Tarkovski et Antigone : en effet, il s’agit ici de suivre le trajet d’un homme, Saul, qui refuse de perdre son humanité même dans des conditions atroces. Cette résolution d’enterrer un enfant mort – impossible à tenir dans les conditions et qui donnera souvent lieu à des situations insoutenables. Nous voyons ainsi Saul chercher un Rabbin en plein milieu des scènes d’extermination et contraint de repousser son amour, Ella, de peur de la répression si on les voit s’embrasser alors qu’il la rejoint à contrecœur pour qu’elle lui transmette un paquet. Tout ce qui rappelle la vie est proscrit, seule la survie est autorisée. L’oppression donne ainsi lieu à une émotion vécue dans la distance, extrêmement subtile par sa retenue. Par ailleurs les interdictions multiples et l’impossibilité de s’arrêter, les corps étant toujours sur le qui-vive, permettent un un superbe travail sur l’expression par le regard.

Ce qui ne peut être dit ni par la parole ni par le geste passent en effet par les yeux qui ne sont pas encore crevés. Pourtant dans chaque scène on sent le danger de la destruction et la précarité des corps, leur caducité (hinfälligkeit) d’où ils puisent paradoxalement leur force, c’est donc une lutte constante pour préserver sa propre vie et le corps de celui qui l’a perdue, le fils de Saul, qui nous est donnée à voir.

« Tu as quitté les vivants pour les morts » dira à Saul, l’un de ses camarades.

Paradoxalement, cette traversée du monde des vivants vers le monde des morts – en retrouvant une émotion particulière devant la mort d’un seul être – s’avère être la seule possibilité de conserver des sentiments humains dans cette existence précaire, aliénée par la violence et menacée à chaque instant par l’extermination. Et en cela, être la seule rédemption. Ainsi, il n’y a pas d’optimisme ni de fin heureuse du point de vue interne à la structure du monde et à sa justice, mais cette absence laisse justement place à une Foi immense dans cet « au-delà de la vie » et la loi divine qui a une dimension autotélique et qui interdit en conséquence de voir le protagoniste comme un homme qui aurait manqué son but, comme en témoigne son ultime sourire.

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