Blind

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LE VISIBLE ET L’INVISIBLE

Le thème de la cécité a souvent été abordé au cinéma puisqu’il constitue le défi d’un paradoxe : celui de parler de l’invisible par le visible. Eskil Vogt, réalisateur norvégien fait davantage avec Blind puisqu’il s’efforce de fondre la littérature avec le cinéma. c’est en effet essentiellement par le biais de l’imaginaire et de la fiction littéraire que la question de l’impuissance de la vision est abordé, comme si le réel ne suffisait plus dès lors que l’on y a plus accès par la vue. Pour Ingrid, ancienne enseignante, la seule solution de s’ancrer dans sa nouvelle existence dont la vision des « choses réelles » est exclue, devient logiquement la fiction, substitutive de cette vision perdue.

C’est la raison pour laquelle elle décide d’écrire un roman qui semble presque obéir aux critères littéraires de l’autofiction. Ainsi elle imagine une femme qu’elle nomme Elin et qui – comme elle – deviendrait aveugle de manière impromptue et aurait les mêmes déboires découlant de sa nouvelle situation et lui donnant le sentiment de perdre le contrôle de sa vie. Eskil Vogt brouille volontairement les pistes à tel point qu’on ne sait souvent plus si on est dans la réalité et la fiction et nous force à ne pas séparer les deux dans notre manière de regarder le film qui ne se manifeste que dans ce non-dualisme du réel et de sa représentation. Cela ne semble d’ailleurs pas accidentel mais être clairement son parti pris visant à nous donner accès à une multiplicité de point de vue.

Ainsi, le scénario abandonne finalement toute volonté de récit objectif au profit d’une narration intérieure contraignant le spectateur à s’ancrer dans un vécu davantage que dans le récit d’une existence. Ce vécu n’est pas seulement celui de la cécité mais aussi celui de la perte de repères d’un réel univoque et stable. C’est finalement l’expérience d’une différence qui est d’abord différence d’un point de vue adopté sur les choses que nous propose Eskil Vogt dans cette réalisation complexe, joueuse et audacieuse, qui manque cependant parfois de clarté mais parvient à proposer quelque chose de radicalement nouveau à la limite de l’art contemporain dans une sensualité décalée. En somme nous avons à faire à un film inattendu et captivant signé par l’un des co-scénaristes du très beau Oslo 31 aout.

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