The smell of us

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TRASHERS

« The smell of us » est un film potentiellement traumatisant, autant prévenir d’emblée les futurs spectateurs. Et ce même s’il est possible de le regarder avec une certaine distance (voire de rire de consternation malgré le malaise), il ne fait pas de cadeaux et montre sans complaisance ni pudeur l’auto-destruction d’un jeune skateur (Matt) en perte de repère et en proie à une déconnexion de tout sentiment.

Ainsi, ce dernier ne s’aperçoit même pas que son meilleur pote (un certain J-P dont on ne saura même pas si ce sont les initiales de Jean-Paul ou Jean-Phillipe…qu’importe) est fou amoureux de lui, se contentant de repousser ses marques d’affections et tentatives d’approches par des gestes blasés et des vannes, les reléguant à des broutilles indignes d’intérêt. Lui-même ressemble davantage à un joli pantin brisé ou désarticulé qu’à un être humain malgré sa beauté et sa jeunesse et ne ressent plus rien sexuellement, à force d’avoir été trop utilisé.
Même l’amour, donc, ne suffira pas à le sauver des griffes du Mal car même s’il n’est pas désigné comme tel, car l’amour n’existe plus. Il ne reste plus que le nihilisme se reflétant dans ses yeux azurs, sa bouche trop parfaite semble elle-même devenue un accessoire du désir qui ne peut par conséquent plus lui servir pour embrasser volontairement quelqu’un ; elle est devenue toute entière la propriété de ceux qui ont le pouvoir, c’est à dire l’argent. En effet, c’est bien quelque chose de l’ordre d’une déshumanisation et d’une dépossession de lui-même qui se referme sur lui au fil des clients chez qui il entre et qu’il ne respecte même pas, semblant avoir perdu tout sens de l’autre y compris dans ce qui constitue son unique mode de relationnel. C’est donc la figure d’un ange déchu qui nous est présentée et d’un être qui ne peut par conséquent plus habiter ce monde. L’un des derniers plans -quasi insoutenable- viendra apporter une sorte d’explication sordide à cela en nous présentant sa mère, encore plus débauchée que l’univers infernal qui est devenu le sien anéantissant tout espoir de rédemption.

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Au final, il reste un film qu’on a du mal à prendre pour « réaliste » ou même pour « réel » par l’aspect surréaliste de nombreuses séquences (où le décor semble d’ailleurs devenir celui d’une performance artistique) là où cela était encore possible avec « Wassup Rockers » qui racontait l’itinéraire d’une bande de jeunes skateurs latino en une journée -même si déjà l’ombre des prédateurs du troisième âge plânait sur eux comme une menace à l’horizon et qu’un des skateurs tombait sous une balle perdue – mais où l’innocence était finalement préservée par l’incompréhension des jeunes face à de telles propositions.
On peut en ce sens considérer « The smell of us » comme une suite apocalyptique où les prédateurs ont finalement triomphé de l’innocence de la jeunesse et sont parvenus à détruire leur monde avec ses valeurs sans les remplacer par d’autres mais uniquement par leurs errances.

Si l’on repense à « Kids », le premier film de Larry Clark, on a une trajectoire qui se dessine dans l’excès et la perversion gravitant autour de la jeunesse comme en étant à la fois le symptôme et la destruction, se trouvant finalement elle-même transcendées dans le processus artistique. Pour le dire autrement, dans l’univers clarkien, la grâce survient précisément dans la rupture inchoative avec l’intolérable.

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C’est là qu’opère la magie : malgré la ruine de l’innocence, il demeure une survivance d’un autrefois toujours présent, qui transperce dans cette atmosphère si particulière, celle d’un temps où l’amour et l’amitié existait sans que la société de consommation et ses dérives ne viennent les mettre en péril. Cette survivance, c’est elle qui donne sa coloration si particulière au film chaque fois qu’elle se manifeste presque à notre insu au son des roues des boards sur le bitume, des tricks effectués dans l’espace urbain où les corps d’adolescents junéviles retrouvent leur liberté entière loin du monde sclérosé des adultes, ou encore à travers des moments filmés par celui qui est manifestement le plus jeune de la bande -et apparemment le seul à ne pas se prostituer, faisant office du fantôme « forever young » du cinéaste- lorsque Marie entame à la guitare « Je préfère la nuit américaine » en haut du Trocadero, ou encore dans une note de ce parfum complexe que forme « the smell of us », cette tentative de vivre envers et contre tout au-delà de la vie – de ce que l’on met métaphysiquement sous ce terme- en y affrontant la mort psychique et en la rejouant encore et encore dans une forme d’invicibilité.

C’est cela que l’on pourrait appeler la mythologie de la jeunesse de Larry Clark et la raison pour laquelle il la sublime à travers toute son oeuvre -cinématographique et photographique. Car la jeunesse pour lui, est semble-t-il, hors du temps -sans quoi elle ne pourrait réaliser son essence qui réside précisément dans le fait de ne pas avoir de limites.

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