Jeune et jolie

Jeune et jolie

L’ECOLE DE LA CHAIR

Ce qu’on peut incontestablement apprécier chez Ozon c’est son talent pour filmer l’intimité des milieux familiaux, des relations et situations complexes qui rythment des vies en apparence routinières. Vies ancrées elles-mêmes dans la complexité du réel sensible, leur ôtant du même coup toute dimension polémique sordide et en montrant une forme de poésie plus forte que toute  la violence et les névroses que porte le monde.

C’est l’été à la plage, Isabelle est jeune et jolie (on le sait au moins depuis Swimming Pool : Ozon aime les nymphes en bikini) , et à l’âge où l’on découvre l’amour charnel, elle est comme beaucoup d’autres : déçue par sa première expérience plutôt fade. Sentant sans doute la lassitude qui pointe, elle décide d’explorer la chose de manière un peu moins innocente. L’été s’en va, l’automne arrive et elle commence à donner rendez-vous à des hommes, en ville, dans des chambres d’hôtel  Sous l’œil soupçonneux de son petit frère, qui rappelle le regard de Ernst Umauher (Dans la maison) ou celui de Ludivine Saigner (8 femmes) qui met en abyme ce qui ne pourrait qu’aventure ou égarement sordide et donnant au tout une singulière poésie accompagnée par les chansons de Françoise Hardy qui structure le récit au travers des saisons qui passent.

Le film prend un autre tournant, un peu brutal, en son milieu à cause d’une mort subite d’un client âgé et se trouvant en plus être le seul avec qui Isabelle entretienne un lien affectif. A cette occasion, une enquête est menée et le pot aux roses (et surtout le butin) est découvert par la mère. Ozon  plonge alors dans la satire de la bourgeoisie qui demeurait jusque là seulement en filigrane. Le beau-père laxiste aussi maladroit qu’idiot, totalement dépassé par la chose, la mère qui trompe son nouveau mari et en veut à sa fille sans parvenir elle-même à aucune franchise, le psychologue intrigué d’une manière assez peu professionnelle, les demandes du petit frère à sa soeur pour un copain de sa classe qui aimerait coucher avec une fille…chaque relation semble faussée par les expériences d’Isabelle qui se retrouve comme coupée du monde sociale par son vécu tabou mais qu’on nous présente comme n’étant au fond que l’arbre qui cache la forêt d’une société toute entière corrompue par le désir, se masquant sous l’apparence de la vertu. Un monde sans authenticité, sans intérêt du point de vue d’Isabelle dans lequel les Hommes ne sont qu’objets de désirs manipulateurs et manipulés. On notera à ce titre le subtil clin d’oeil littéraire du gros plan sur le livre de Laclos : Les liaisons dangereuses, qu’Isabelle ouvre dans le métro. Seule Charlotte Rampling vint apporter un message positif de respect de soi dans cet univers décadent et en fuite.

Et au-delà de tout cela et avec le recul, c’est un film qui parle de liberté, d’émancipation des conventions étouffantes et de la difficulté de savoir quel moyen adopter pour y parvenir.Comme d’habitude, Ozon touche à des choses humaines et profondes sans en avoir l’air.

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