Le mur invisible

MURINVISIBLEE

LA DERNIÈRE FEMME

Histoire certes terrible, mais aussi belle et touchante extraite du roman Marlen Haushofer, romancière autrichienne (pays qui engendre apparemment des écrivains et cinéastes sublimes qui aiment à travailler main dans la main : rappelons nous le « couple » Elfriede Jelinek et Michael Haneke pour La pianiste). Ici, on doit l’adaptation à Julian Pölsler, celle d’une femme qui se retrouve condamnée à la solitude et bien vite à la précarité alimentaire et sanitaire par la présence d’un mur invisible qu’elle découvre, l’empêchant de rejoindre la civilisation humaine. Au détour d’un chemin de randonnée, alors qu’elle vient rejoindre des amis en montagne. Elle se retrouve alors recluse dans le petit chalet avec son chien, Lynx, tout deux  rendus perplexes face à la situation improbable mais qui apparaît rapidement insoluble et nécessite une adaptation. En effet ; comme dans les romans fantastiques, la protagoniste se voit ainsi soudainement devoir affronter l’impensable, sauf qu’ici nous sommes pourtant dans un réalisme troublant.

Bientôt d’autres êtres les rejoindront pour former une communauté réduite de survie : une vache, un chat et quelques naissances inespérées qui, au vue du contexte, s’apparentent à des miracles.De cette situation-limite,  des liens vont se tisser et la vie s’organisera en conséquence, jusqu’à l’irruption d’un drame déchirant dont on pressent l’imminence dans chacun des mots de la narratrice-protagoniste qui raconte son histoire de manière rétrospective et qui n’est pas sans rappeler les atrocités du nazisme, l’histoire se passant au cours de la seconde guerre mondiale.

L’ambiance oscille entre angoisse et attendrissement, une certaine forme de bonheur surgit paradoxalement de cette situation d’isolement extrême entre vie et survie où le temps passe différemment (on se rappelle inévitablement la métamorphose de la vie de Robinson le naufragé). Ce bonheur-là prendra fin après un évènement aussi tragique qu’inattendu dans cette nouvelle vie ; une intrusion humaine, cruelle et destructrice après des années passées à reconstruire une existence nouvelle. C’est avec talent et émotion que Martina Gedeck incarne ce personnage condamné à la solitude et à une forme de survie après ce drame violent et bouleversant, survivant uniquement par l’écriture.

***

En outre de superbes paysages montagneux au fil des saisons qui passent, nous sont offerts, comme des tableaux de Carl Gustav Carus ou Caspar David Friedrich (Le matin dans la montagne) devant lesquels, le réalisateur nous laisse nous abandonner à la contemplation et mieux nous ancrer dans ce récit singulier engageant au passage une belle réflexion sur le rapport de l’homme à l’animal. Poignant et intense.

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6 réflexions au sujet de « Le mur invisible »

  1. Très beau film avec de menus défauts, pour lequel il faut se battre pour parvenir à le voir (deux séances uniquement par semaine sur Paris !). Le talent de Martina Gedeck est effectivement immense, elle qui porte seule le film. Ca m’a vraiment donné envie de lire le roman.

    • Le roman est effectivement très beau et touchant, je l’ai commandé juste après avoir vu le film. Le lien entre les animaux et la femme, c’est très poignant. Et impossible de ne pas relier l’acte aussi terrible qu’inattendu et incompréhensible aux atrocités antisémites (même époque). Cela me rappelle un lien établi par Derrida dans « l’animal que donc je suis ». Il y aurait un rapport à creuser avec cette histoire.

  2. Il y a même un côté très pieux dans cette image de l’étable, presque arche de Noé. Quant au rapport humain/animal, l’acte terrible que cette femme commet après avoir tant souffert de la solitude des hommes est inattendu effectivement, et en même temps logique dans le parcours de cette femme qui a reporté son présent et son avenir (et en oubliant son passé) sur les quelques animaux qui l’accompagnent, ses nouveaux « elle ». C’est un retour au primitif, au-delà de la morale.

  3. J’avoue que ça me scandalise un peu ce que vous dites concernant l’acte de cette femme. Moi c’est l’acte de l’homme que je trouve terriblement violent et primitif. Comme nous vivons le quotidien de la femme et ses nouveaux liens créés au travers de l’epreuve et du temps, son acte est totalement comprehensible.

    • Je ne cautionne pas son acte (elle tue un homme qui semblait être autant en souffrance qu’elle), je dis simplement qu’il semble logique dans son cheminement psychologique et physique après deux années passées seules avec des animaux vers lesquels elle a reporté toute son affection et presque toute son humanité. Elle ne les voit plus comme des bêtes, mais comme des compagnons. Sa réaction est donc de les défendre contre un prédateur qui s’avère être un homme (un sauvage presque). Je pense qu’elle aurait fait la même chose s’il s’était s’agit d’un loup ou d’un ours. Juste défendre ses compagnons, au-delà de toute morale et de tout ressentiment. Juste un besoin primitif de défendre, comme un mère défendrait son petit.

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