What Richard did

« L’échec est interdit n’est-ce pas? »

What Richard Did fait partie de ces films qu’on n’attend pas et qui font l’effet d’une petite bombe dans le paysage cinématographique. Film irlandais peuplé de paysages somptueux, il fascine d’emblée par son esthétique et on aura souvent l’impression de regarder un tableau de John Constable (et d’autres fois même de Edward Hopper de par les scènes du quotidien sublimées) entre deux fondus au noir. L’intrigue se concentre autour d’une destinée brisée soudainement, par un moment d’égarement, il montre la malédiction de l’instant, le faux-pas qui entraîne plusieurs chutes intégrales.

L’âge d’homme

Malgré l’ambiance détendue et estivale dans laquelle nous plonge le début du film, on sent paradoxalement qu’on est à un moment crucial de décision. Sans en avoir l’air, la caméra se concentre sur un personnage en particulier sans jamais nous le signaler explicitement : le héros pourrait aussi bien être le garçon assis à côté de lui. Richard est un jeune Monsieur-tout-le-monde mais dans un sens positif : social et sportif, ni trop intello ni trop stupide, il se fond avantageusement dans cette masse d’adolescents. Il sent le poids de ce qui l’attend et ne veut pas décevoir son père dont il sait être la fierté. Une fille retient bientôt son attention et ajoute à sa panoplie de garçon parfait de la middle class. Seulement voilà, il y a aussi Conor, l’autre garçon vers lequel Lara tourne les yeux. Et l’idée seule de la possibilité d’avoir de l’ombre va être insupportable à Richard et provoquer le drame qui semble déjà écrit même quand tout va bien, précisément car tout va trop bien pour durer. En cela le déroulement du film nous rappelle ceux de Joachim Lafosse. La tragédie qui va se produire est inéluctable, elle est d’or et déjà contenue dans chaque plan et on peut la pressentir avec une inquiétude croissante. La fatalité de la chute de Richard peut ainsi être décelée dès les premières scènes.

Le dilemme moral

Ainsi après une soirée un peu trop arrosée qui finit mal et du jour au lendemain, Richard voit s’effondrer ses plans d’avenir un peu trop bien tracés pour se retrouver dans une situation sans issue. Celle de la culpabilité d’un crime qu’il ne peut ni assumer ni effacer. Sans jamais donner de solution et après avoir pris le temps d’amener le spectateur dans le contexte qu’est celui de Richard, aucune solution nous sera donné, nous plaçant ainsi dans une situation particulièrement inconfortable car prise entre la morale et l’affect.

Une impasse insoluble nous est ainsi livrée.La scène où Richard avoue son crime à son père confine à une émotion pure et déchirante tant on sent la brisure irrévocable, tout comme celle où l’on se voit s’effondrer, craquer, avouer son impuissance face à l’évènement aussi grave qu’innattendu.

                                                                     ***

L’inconfort ira croissant, entre tendresse, colère et douleur, jusqu’aux cinq dernières minutes insoutenables tant on attend un dénouement qu’on ne voit pas. Il ne nous est donné à voir qu’un faux apaisement derrière une vie définitivement brisée par la culpabilité et le regret de l’irréversible.

Un film d’une beauté et d’un réalisme terrible. Intense, perturbant et brillant.


Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s