Jappeloup

jappeloup (1)

« T’arrêtes pas Jap’, je t’en supplie ne t’arrêtes pas »

Epique et hippique!

On peut dès lors s’interroger si le Jappeloup de Christian Dugay est destiné exclusivement aux passionnés d’hippisme ou s’il  s’avère suffisamment ouvert pour plaire aussi ceux qui y sont plus extérieurs voire hermétique. On peut le dire sans attendre : c’est un grand film populaire empli d’énergie communicative et d’humanité : les exclamations enthousiastes qui s’élèvent de part et d’autres de la salle alors que la petite équipe vient à peine de faire irruption après le générique en témoigne : « un grand film ! Généreux et qui fait du bien ! Bravo » s’exclame un homme au premier rang venu avec ses enfants « Moi je suis complètement néophyte, je ne suis jamais monté sur un cheval de ma vie et ce film m’a permis de comprendre des tas de choses sur ce sport et cet univers, merci beaucoup de communiquer une telle passion ». Guillaume Canet le dit lui-même lors de la présentation du film « en ces temps sombres, je voulais redonner un peu d’espoir aux gens en retraçant le parcours de vie d’un personnage réel qui va au bout de son rêve. ». Pour davantage d’authenticité, Guillaume a d’ailleurs suivi de très près le témoignage de Pierre Durand et ce dernier a même été présent  sur le tournage le premier jour. Le parti pris est donc sans nul doute celui de l’authenticité.

Jappeloup est en effet un nom duquel on se souvient dans le monde de l’équitation.  Ce petit cheval noir, quelque peu rétif aux premiers abords, et dont on doute fortement de ses capacités. Celui-là même qui devient pourtant l’unique préoccupation de Pierre Durand qui décide, avec l’appui de ses proches, de s’y consacrer tout entier et de renoncer pour cela à sa carrière juridique. Ce film représente donc une manière pour Guillaume de concilier premier amour avec sa destinée d’acteur. Et ce concentré de passion explose d’évidence pour le spectateur qui vibre devant ce touchant biopic équestre. Une réussite absolue et une déclaration d’amour à un sport qui souffre souvent de préjugés quant à son prétendu snobisme.

A corps gagnants.

On sent clairement la proximité entre l’acteur et le cheval à l’image. A tel point qu’on n’a aucun mal à imaginer le couple mythique de la fin des années 80 si bien que Jappeloup et Pierre étaient à l’époque surnommés : le centaure. Il n’y a de cesse au cours du film d’avoir le plaisir de retrouver à l’écran cette adéquation. Et l’on ne s’en étonne d’ailleurs nullement lorsque l’on sait que faire une carrière hippique était le premier grand rêve de Guillaume Canet qui a vu sa carrière compromise par un accident. On sent nettement ici cette passion originelle tant par les choix de mises en scène qui donnent à voir l’image que par son jeu. Guillaume souligne d’ailleurs à plusieurs reprises ses nombreux points communs de parcours avec Pierre Durand, à tel point que le film, s’il reste un biopic, renforce son intérêt par cette dimension qui donne presque à voir cet écho puissant entre deux histoires.

La caméra de Christian Dugay aussi fait corps avec le couple cavalier/cheval et on peut sentir à la fois toute cette proximité et la tension des deux compétiteurs à l’approche des obstacles sur le parcours des jeux olympiques de Séoul de 1988. D’autant plus que le tournage a ravivé la passion de Guillaume Canet qui fût très bon cavalier avant d’être acteur et s’est  même depuis remis sérieusement depuis quelques temps aux concours.

Passion et virtuosité.

Au travers des plans qui alternent compétition, entraînement, vie quotidienne et sentimentale des protagonistes, des liens se tissent et on se sent gagné en même temps  par la fièvre des concours et l’excitation qui animent cette petite communauté soudée que constitue la famille Durand et leur entourage.

Toute cette ambiance singulière et propre au milieu hippique est parfaitement retranscrite à l’écran aux travers des différentes épreuves de sauts d’obstacles qui nous sont montrés, la tension du spectateur va crescendo « je sautais chaque obstacle avec vous depuis mon fauteuil» confie une dame à Guillaume Canet lors de la discussion qui suit la projection.

Il faut aussi souligner la dimension virtuose présente dans le film-sans jamais le rendre inaccessible pour autant : il y a une grande fidélité au monde professionnel de l’hippisme. La reconstitution des parcours de CSO est impeccable et la réalisation de Christian Dugay sur les performances de Jappeloup apparaît toujours très réalistes et démontre un œil expert sur chaque module et distance choisie lors des différents concours qui donne à voir l’évolution de Pierre. L’ambiance de la préparation et de l’entraînement des cavaliers propre à ce monde de la compétition équestre transpire également d’authenticité jusque dans les moindre petits détails, ce que les cavaliers apprécieront particulièrement.

Les rôles des entraîneurs et concurrents sont aussi parfaitement documentés et le film donne même à voir les querelles olympiques relevant quasiment du privé ; notamment celle avec Marcel Rozier qui fût l’entraîneur de l’équipe de France avant que Patrick Caron prenne la relève à la demande générale d’une démission du premier aux méthodes trop brutes.

 

Une histoire d’amour à multiples facettes.

Thème récurrent dans tous les films de Guillaume Canet, celui-ci n’en déroge pas. Car il ne faut pas s’y tromper : c’est bien le thème de l’amour, et non celui de la compétition, qui domine le film, celui-ci prend des formes multiples. Entre les individus aussi bien qu’avec Jappeloup, comme c’est annoncé au travers d’un court dialogue suite à la première victoire du petit étalon noir : « ce cheval a du cœur » « il a plus que ça ». Thème récurrent dans tous les films de Guillaume Canet, celui-ci n’en déroge pas. Car il ne faut pas s’y tromper : c’est bien le thème de l’amour, et non celui de la compétition, qui domine ce film très complet. Et cet amour prend d’ailleurs des formes multiples. Entre les individus : (une très belle relation de père à fils, d’homme à femme, de père à mère, de concurrents à concurrents, d’amitiés…) aussi bien qu’avec Jappeloup, comme c’est annoncé au travers d’un court dialogue suite à la première victoire du petit étalon noir : « ce cheval a du cœur » « il a plus que ça ». La groom déterminée (Lou de laâge) rappelle d’ailleurs à Pierre, lorsqu’il en a besoin et qu’il est sur le point de se séparer de Jappeloup, l’importance des sentiments : comme les personnes, le cheval n’est pas une machine. Ainsi le film donne aussi à voir des ruptures : la mort brutal de son père (interprété avec beaucoup de générosité par Daniel Auteuil) qu’il voulait tant rendre fier, ses nombreuses chutes et échecs et les douleurs qui en découlent et paradoxalement, le soulèvement d’une énergie positive qui rend possible leur renversement et donne lieu à de nouveaux objectifs et la prise de décisions fondamentales.

D’ailleurs si Jappeloup et son évolution de compétiteur est au centre du film, les relations entre les personnages autour sont teintées d’une grande justesse et contribue à la force et au succès de l’histoire. « Découvrir un personnage qu’on ne voit pas tout de suite » était en effet le but de Guillaume Canet avec cette émouvante reconstruction de plusieurs vies autour d’une. Ainsi on voit évoluer sa relation avec Nadia, cavalière rencontrée lors d’une de ses épreuves de jeunesse incarnée par une Marina Hands attachante et délicieuse.

Sur un plan cinématographique, Jappeloup a aussi le mérite de rappeler que cinéma populaire et profondeur ne sont pas inconciliables. Plaisant et édifiant : le film est une excellente surprise, à l’image de celle que fûrent Pierre et Jap’  à Séoul en 1988. Un hommage vibrant de passion.

* Vous pouvez également trouver ma critique publiée sur l’e-zine Ecran Noir.

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