Spring Breakers

affiche-du-film-spring-breakers

 

SPRING BRAQUEUSE

Objet singulier et évènement dans le paysage cinématographique doublé d’un délire coloré et kitsh affiché empreint de culture populaire pour narrer une histoire glauque et immoraliste d’une jeunesse sans moeurs en mal d’un avenir meilleur. Surplombé de la figure très actuel du dealer loser pris dans une spirale consumériste, personnification de la décadence du monde moderne. On ne peut pas reprocher à Harmony Korine de manquer de sens du contraste ni d’originalité artistique : à ce titre il semble même transformer la question de la légitimation de l’art populaire proposée par Shusterman en faisant des codes populaires eux-mêmes un sujet esthétique à part entière.

On ne peut pourtant que déplorer qu’il n’aille pas au bout de cette tentative esquissée avec  une impertinence rafraîchissante dès le générique. Il étouffe en effet son film à plusieurs reprises par des moments plats aussi inattendus que  décevants, et un manque de musique assez regrettable justement là où l’on était en droit d’attendre une jolie compilation electro/pop afin de nous faire immerger totalement dans cet univers et non seulement une reprise molle de Britney. Cette dernière étant la figure universelle de la nana américaine décadente ou encore le symbole obscur par excellence d’une fantaisie qui aurait mal tourné comme l’a confié le réalisateur dans une interview.

Chronique d’un film excentrique mais qui demeure trop timoré dans sa démarche.

Quatre filles, un marteau et un pistolet à eau.

Elles sont sexy, débordent de pulsions et d’envies et comme disent les jeunes : elles sont trop « swag » avec leurs baskets fluos montantes, leurs fringues manufacturées aux imprimés tape-à-l’oeil et leur minishorts habillant des corps brillants de santé. Et, naturellement avec ça, manifestement prêtes à tout pour briser leur quotidien morne d’étudiantes de fac allant fort mal avec ce qu’elles revendiquent par ce look, c’est pourquoi pendant les cours, elles passent leur temps à faire des dessins obscènes et des badinerie coquines emplies de promesses sensuelles. Hormis l’une d’entre elle qui, en proie au doute, prie pour son Salut, la seule qui ne participera pas à l’évènement déclencheur. Car en ce monde rien n’est gratuit et le seul et unique moyen de s’offrir une spring break en Floride s’avère être parfaitement immoral et illégal : il faut braquer le fast-food du coin. Allons-y avec ce qu’on a sous la main-un marteau, un pistolet à eau, trois passes-montagnes et le culot, ça marche. Les voilà en route pour un paradis artificiel.

Du rêve à la désillusion : paradis artificiel et chute.

Il y a quelque chose d’à la fois désopilant et touchant à voir Faith (Selena Gomez) narrer son séjour à sa mamie. Comme l’indique son nom, c’est celle qui a la foi. A ses yeux, tout est beau et presque irréel, son discours est lyrique et en même temps nous assistons à la réalité qui ne se trouve être qu’un monde superficiel basé sur le fric et le consumérisme, la jeune fille raconte pourtant avec une innocence et un romantisme d’une naïveté confondante  rappelant presque Madame Bovary et ses fantasmes d’amour et de paradis terrestres illusoires. Avec sa croix chrétienne au cours du cou et l’éducation religieuse qu’elle a reçue, ses amies l’avaient prévenue d’un «-Prie à mégadonf’» . Elle est l’unique personnage à être tiraillé par la morale manichéenne et la volonté de ne pas mal agir. Les trois autres étant déjà convaincues depuis avant la spring break et encore plus depuis leur hold-up que la fin justifie très bien les moyens. Lorsqu’elles sont rattrapées par les forces de l’ordre plus tard, Faith dit à plusieurs « ce n’était pas ça le rêve » comme si elle n’arrivait pas à croire à cette chute pourtant si prévisible. Ainsi lorsqu’elle comprend qu’elle est prise dans une sphère d’immoralité, elle fuit le paradis, comprenant qu’il est en fait l’enfer déguisé, entrevoyant l’enver du décor dans les yeux de celui qui se fait appelé Alien (James Franco, effectivement méconnaissable). Elle est finalement la seule à connaître un cas de conscience et entrevoir clairement la damnation qui les attend sans que rien de grave ni d’irréversible ne se soit encore produit et à s’enfuir conséquemment en repentie mise à mal dans ses visions idylliques.

Portrait d’une époque ou dystopie?

Il semble qu’Harmony Korine mèle les deux genre et qu’ils se confondent…rien de bien novateur sur les sujets traités : la jeunesse, la violence, le sexe, l’avidité de richesse, la drogue et l’alcool aussi bien sûr. Pourtant le film garde un aspect irréel : rien de naturaliste non plus dans tout ça ni de valeur documentaire, d’ailleurs on est toujours tenu à une distance suffisante pour éviter toute compassion envers n’importe quel personnage (même Faith qui apparaît définitivement le personnage le plus humain du film demeure encore trop lisse pour cela) dont on est simplement invité à contempler le décours inexorable.

Ainsi on en vient à se demander où l’on veut nous mener : l’histoire dont on échoue à trouver de la profondeur semble être un prétexte pour produire un film à l’esthétique pop’ délirante d’autant plus qu’on sent que le jeune réalisateur s’amuse follement. Mais on aurait souhaité qu’il eut davantage de probité au coeur même de son délire afin de nous le communiquer et non pas juste nous laisser entrevoir une esquisse de plaisir esthétique au travers de cet univers coloré et décadent dont il ne reste finalement qu’un avant-goût de ce quelque chose de singulier et de profond qui s’y trouve contenu, mais malheureusement étouffé, tant il laisse s’échapper l’énergie en allant dans tout les sens et faisant trop de mauvais choix. Cet avant goût stylistique est hélas fade et ne procure finalement qu’un sentiment d’inachèvement tant le film amuse et surprend un peu à différents moments mais ne touche cependant jamais. Car ici, même si elle est revendiquée dans le fond, dans la forme c’est bien aussi la superficialité qui domine et tout se passe comme si Korine avait été contaminé dans sa démarche par la futilité de son récit jusque dans l’économie des plans qu’il pratique à outrance et le bruit d’armement qui les rythme, et finit, à force d’insistance, par évoquer un son désespéré du vide scénaristique.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s