Passion

« Aimais-je un rêve? »

Remake audacieux du polar d’Alain Corneau « Crime d’amour », une belle série noire sortie en 2010 avec Ludivine Sagnier en rôle-titre. J’avais beaucoup aimé la manière dont l’intrigue était mené, la satyre sociale d’une gérante monstrueuse puis le twist innattendu… En reprenant le même squelette pour l’intrigue, Brian De Palma veut manifestement en faire quelque chose de plus glamour, de plus obsessionnel, d’une cruauté plus vivace et plus amoralement incorrect. De cela on ne s’en étonnera pas de sa part : mais il en fait également quelque chose de plus étrange et transforme la nature de l’oeuvre originale : ce n’est plus un simple polar noir, c’est une histoire complexe qui joue avec le regard du spectateur et le défie de saisir de dissocier le réel du faux, l’obligeant à sortir de cette opposition primaire.Le contexte originale est pourtant conservé et l’histoire prend corps dans un contexte hyper-réaliste et capitaliste (une grosse boîte publicitaire peuplée de gens assez superficiels et haïssables) mais où tout est ingénieusement mis en oeuvre pour que l’on perde rapidement pied entre réalité et fiction au point que l’on ne sait plus où se trouve la vérité, perdu dans ce jeu de faux semblants et d’illusions trop réelles rendues possibles par le fantasme et les caprices des personnages « Now, I want to be loved ».  Au travers des exigences formulées par les protagonistes glamours, Brian De Palma entretient la tension visuelle à son paroxysme et la réussite de son film tient à cela, cette insupportable proximité entre représentatio/affect. Devant cette confusion entre amour et haine, violence extrême et désir de tendresse, fatalement on pense à Mullholand Drive de David Lynch qui interrogeait aussi constamment la réalité et était également un jeu cruel d’apparence. On ne peut aussi s’empêcher de se rappeler Black Swan (Darren Aronofosky), sauf qu’on aurait de la peine à dire ici de quel côté se trouve l’innocence brisée dans ce jeu de miroirs et de masques.

Dangereuses apparences.

Ce jeu au coeur du film est précisément plutôt réussi, même si le film souffre de quelques imperfections, davantage dans la narration et le jeu d’acteur parfois discutable du côté des seconds rôles, que dans l’image : cette dernière étant à chaque instant sublimée comme lieu à la fois sacré et maudit d’où tout découle (la guerre entre Isabelle et Christine est une guerre froide : une guerre d’images). Ici tout se passe dans la représentation. A commencer par les protagonistes qui travaillent dans la publicité : monde d’asservissement de l’esprit par le biais de l’image. Tant Rachel Mc Adams que Noomi Rapace incarnent bien ces rôles de poupées à la fois artificielles et humaines, aliénées par les apparences mais pouvant également en être victimes, plastifiées mais pouvant encore être brisées l’une et l’autre derrière leur masque ostensible.

L’usage tyrannique des images est détourné, frôle la perversion érotique au début puis devient rapidement mesquin, les images deviennent l’arme de l’affrontement entre Christine et Isabelle, une sorte de filtre ou de masque (qui ne tarde pas à tomber) de leur pulsion les plus sombres. Le film cruel comme les images capturées par les protagonistes met en abyme des histoire de jalousies : sexuelles, professionnelles, sentimentales. Brian De Palma complexifie l’histoire et introduit un nouveau personnage pour brouiller l’intrigue et réécrire le scénario, réintroduisant une narration personnelle dans une ambiance singulière et mystérieuse. Ainsi lorsque Isabelle assiste à la représentation du poème de Stéphane Mallarmé L’après-midi d’un faune (succession d’image poétique) mis en scène et que l’écran est séparé de telle manière que l’on puisse suivre en même temps la dernière soirée de Christine, on perd une nouvelle fois pied entre ce qui est et ce qui est censé être, le film ne cesse de nous perdre sans jamais lui perdre le fil  de sa procédure cinématographique qui fonctionne au-delà des apparences et pour le moins à merveille. Qu’ils s’agissent d’images ou personnes, les plus innocentes ne sont jamais ici celles que l’on pense.

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