Antiviral

Transmission du virus du talent de cinéaste du père au fils? Cela résiste encore à l’examen.  Assurément Brandon Cronenberg ne s’en sort pas trop mal pour un premier film. Le sujet original surprend d’abord, captive un temps puis se perd dans une narration qui fonctionne assez mal dans la seconde partie. Cependant il y a de très bons moments car la thématique de la maladie est stimulante sur bien des aspects. Dans des cliniques spécialisées, on vend des virus comme des produits de luxe. Mais pas n’importe quel virus, ceux qui proviennent des stars affectées. Les fans pouvant ainsi partager les affres de ces dernières : mieux faire sous-entendre qu’ils ont été contaminés par elles. Ce marché remporte un franc succès. Une dystopie décapante. Quand on se rappelle Cosmopolis, on se dit que Cronenberg, père comme fils, sont bel et bien des prophètes sombres : ils annoncent la décadence d’une société corrompus et peuplés d’individus amoraux et détraqués, mais d’une certaine beauté terrible et avec des héros confrontés corps et âme aux conséquences de leurs actes.

* La passion du virus.

Premier plan : un homme chétif, roux et palot, apparaît avec un thermomètre dans la bouche, on pourrait lui trouver une certaine beauté pathologique, totalement inconventionnelle certes, mais un réel charme fébrile et décalé de celui qui ne s’est pas encore effondré et affronte ses limites. Cet homme c’est Syd March, un employé est lui-même avide de tester les nouveaux produits et par conséquent il attrape volontairement une maladie quotidienne en se l’injectant en avant-première. Chez lui, dans sa chambre et occupant la place d’une table de nuit, il possède une machine (volée à la clinique) de haute technologie médicale qui lui permet de stopper le virus (Antiviral). Ainsi la pathologie devient un moment d’expérimentation, de plaisir puisqu’elle n’est plus quelque chose qui cloue les gens au lit contre leur gré mais est au contraire recherchée comme aujourd’hui on recherche des drogues pour avoir des sensations et effets divers, et pour se métamorphoser en autre chose (thème cher à David Cronenberg). Le regard prophétique sur une société moderne et pathologique (ici dans tout les sens du terme). Antiviral est assurément une dystopie futuriste qui rappelle 1984 d’Orwell. Mais là où cette dernière critiquait la politique et la justice, ici on s’interroge sur le monde médical, la science et les phénomènes addictifs. L’analyse est d’autant plus pertinente que le personnage est pris lui-même dans les travers de cette société, lui-même soumis à l’addiction, il ne bénéficie pas de ce regard critique sur son époque (sauf au fur et à mesure qu’avance l’intrigue et s’il commence à l’acquérir, c’est déjà bien trop tard).Il doit d’ailleurs ruser dangereusement pour que personne ne s’aperçoive de ses larcins sous peine d’être renvoyé et vit donc avec un double risque, l’un sanitaire, l’autre socio-économique mais tout deux issus de son addiction.

**Le fanatisme pathologique. Les virus des stars sont devenus plus prisés que leur production artistique elle-même, il y a même des magasins qui fabriquent de la nourriture à partir des échantillons fournis par la clinique. Une star allemande : Hannah Geist, est particulièrement adulée, alors le jour où elle est atteinte d’un virus inconnu et que Syd est envoyé à son chevet pour prélever un échantillon, il ne peut s’empêcher de se l’injecter illico, ce qui va s’avérer être une erreur fatale. Il y a cette scène qui amuse et choque au début du film : un jeune homme veut un herpès facial, il est excité comme un môme de dix-huit ans qui va faire son premier tatouage tant désiré, le jour de son anniversaire. Bien sûr ce n’est pas n’importe quel herpès, c’est celui d’une femme célèbre sur laquelle il fantasme, presque une déesse en somme. Par conséquent, c’est un herpès divin, et comme lui dit Syd « ce sera comme si elle vous avait embrassé ». Les yeux du jeune homme s’illuminent.

***Une critique acerbe de l’industrie médicale et une passion avouée pour la Science fiction et la mutation. A l’heure actuelle où l’on s’interroge du danger de certains médicaments sur le marché et où les médicaments et traitement n’ont jamais été aussi sujet à controverse et où la santé est en crise, on peut voir dans Antiviral une critique cynique : c’est l’industrie médicale qui se met à vendre lui même les virus comme des produits de luxe. Le virus est devenu, et de manière non voilée, un filon en or à exploiter, et la société a encore perdu de sa morale en même temps que la médecine a continué à perdre de son éthique, rendant possible des pratiques absurdes et dangereuses. Cependant, il ne faut pas voir le film comme une simple critique du progrès scientifique et de ses débordements, car Brandon Cronenberg suit de près la trace de son père et semble être avant tout attaché à l’esthétique de cette ouverture sur la science-fiction. Et le sujet permet de s’en donner à coeur joie de ce côté là : machines, cliniques ultra-modernes, intérieurs aseptisés…tout révèle le sens et la passion du détail.

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