Django Unchained

« Tarantino, mon amour» ais-je envie de dire en pastichant Duras, parce qu’il faut bien lui rendre la déclaration d’amour qu’il fait lui-même au cinéma et à son histoire.

Généralement, on dit « Je t’aime » quand on vibre, quand ça fait du bien par où ça passe, qu’on entrevoit une possible libération de sa propre existence. Oui qu’on se le dise Tarantino aime ses spectateurs, il leur envoie autant d’appels de libération qu’il leur procure de jouissances cinématographiques.

Dans Kill Bill, une femme faisait la nique à son destin volé en reprenant le contrôle à coups de sabres, dans Inglorious Basterds, une bande de résistant décidait de casser du nazi.

Enfin dans son nouveau film : Django Unchained, un esclave noir se voit promu chasseur de prime, oui Quentin Tarantino est le maître de l’inversion, de l’inversement des valeurs (clin d’œil à Nietzsche, même si les allemands n’ont pas toujours eu le beau rôle dans les films de Tarantino).Ici c’est donc un chasseur de prime allemand qui libère Django de ses chaînes et l’entraîne avec lui dans une chasse particulièrement corsée. Django s’avère un chasseur de prime hors pair, particulièrement efficace dans l’art du coup de fouet (plaisir de l’inversion des jeux de rôles quand tu nous tiens).

Nous avons à faire à un film explosif comme il sait les faire et plein de brutalité finaude, paradoxe qu’il maîtrise également fort bien. Le tout est porté par une bande originale des plus jouissives et empli de clins d’œil cinématographiques et historiques, envoyant des scènes satiriques et d’un humour délicieux (la scène du Klu Klux Klan en est un parfait exemple) ponctuées comme à son habitude de variations narratives et de dialogues aussi efficaces que soignés.

Un scénario efficace pour une histoire de libération (à plusieurs niveau d’ailleurs) bien menée avec une réflexion sur l’inversion (ici elle est particulièrement jouissive car teintée d’humour tarantinesque et donc sortant des sentiers battus) entre les blancs et les noirs. Le film prend une dimension supérieure par la capacité du réalisateur américain à jouer sur le fond et la forme de la même manière qu’il s’autorise à être à la fois derrière et devant la caméra.

Et comme toujours, il y a des réflexions d’une finesse psychologique absolue sans avoir l’air d’y toucher, un goût prononcé pour le mythe raconté par le maître au coin du feu à l’élève. On ne peut, devant cette scène, s’empêcher de faire un parallèle entre Bill et Béatrix en voyant évoluer ensemble Django et le Docteur King Shultz. En effet, chez Tarantino l’avènement de l’élève ou valet signe toujours la mort du maître qui n’est rendu possible que par un attachement entre ces deux figures qui se réalise dans le déroulement même de l’histoire dans une jolie dialectique.

Un autre trait que l’on peut apprécier particulièrement chez ce cinéaste et commun dans tous ses films comme leitmotiv : la finesse, l’ironie géniale et l’intelligence narrative sont trop mal dissimulées derrière le sang, les coups et les explosifs. Et ceux-ci sont trop fins pour qu’on s’arrête à leur caractère violent. Ce sont autant de symbole de la réalisation d’une émancipation nécessaire d’un individu à qui l’on a tout pris, jusqu’à sa dignité (ce type de personnage est un leitmotiv dans la cinématographie de Quentin Tarantino).

Jamie Foxx incarne particulièrement bien cette révolte et ce goût pour la vengeance de l’asservi-souverain, ou encore de l’écorché vif que rien ne peut écarter de son but. On pense à une phrase de Nietzsche (d’ailleurs lui-même très porté sur le retournement et l’inversion) en le voyant buter tout le monde : “Celui qui passe par des épreuves terribles doit toujours se demander s’il n’est pas lui-même quelque chose de terrible”

On ne nie donc pas son enthousiasme pour un spaghetti signé Tarantino et on en ressort avec une pêche d’enfer pour un bout de temps. Et puis Django nu sur son cheval crème au galop et nu lui aussi est une image de “freedom” (il y a une superbe chanson du même titre dans la bande originale) qui emporte loin et libère…un personnage libre dans ses chaînes comme l’était Beatrix dans Kill Bill. Chez l’un comme chez l’autre : la vengeance n’est pas une fin, elle n’est jamais que motivé que par l’amour. C’est un outil vital d’émancipation, de survie, et de dépassement de soi au fil des épreuves pour vivre sa vie volée par d’autres et enfin retrouver un paradis perdu.

L’individu tarantinien est en effet toujours cet être mis en situation-limite qui se soumet à l’épreuve et se bat jusqu’au bout pour s’échapper de ses chaînes pour retrouver un paradis perdu. Django unchained en est donc jusque dans son nom une parfaite illustration et peut-être le personnage le plus tarantinesque de la filmographie de Tarantino. Cela annonce-t’il le paroxysme d’une oeuvre?

Mon désir de jouissance cinématographique  et ma soif d’horizons respirables espère que non.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s