Thérèse Desqueyroux

« Ce corps contre son corps, aussi léger qu’il fût, l’empêchait de respirer. »Thérèse Desqueyroux, François Mauriac.

Ce n’est sans doute pas évident de passer derrière Georges Franjù et sans doute encore moins après Emmanuelle Riva pour Audrey Tautou qui incarne ici Thérèse, et pourtant m’est avis que personne mieux que Claude Miller pouvait adapter ce récit à huis-clos social au vu de sa filmographie et de ce qui visiblement le touche : l’immersion du drame dans les cercles sociaux privés.

Ici on pénètre rapidement dans l’univers sclérosé de cette famille unie et fermée sur elle-même, entouré de cette superbe propriété pinière renforçant cette sensation d’étouffement. Force de constater qu’aborder le film en tant que spectateur sans avoir lu le roman de Mauriac est une chose complexe car Thérèse Desqueyroux est elle-même un personnage bien complexe : une révoltée calme comme on n’a peu l’habitude d’en voir ; « tu ne t’affoles jamais toi » lui dit d’ailleurs son mari alors que ses pins flambent.
La révolte de Thérèse est pourtant plus authentique, plus profonde car plus subtile que celle de sa camarade de toujours, Anne, la soeur de son mari, adolescente immature là où Thérèse est déjà femme émancipée -au moins par l’esprit. Une liberté qui la conduira à « faire le pire » (cela pourrait être discuté). Que faire quand on se sent étouffé dans cette vie-là?
Comme le dit Mauriac à son sujet : « elle appartient à une espèce d’êtres qui ne sortiront de la nuit qu’en sortant de la vie… »

En effet Thérèse Desqueyroux lutte contre son destin tout en l’accomplissant, elle est libre : liberté de dire non ou du moins de ne pas dire oui.
Cette liberté cartésienne infinie et absolue de Thérèse que devient-elle dans ce monde éteint qui lui est échu malgré elle? Du moins jusqu’à ce qu’elle commette un acte décisif et que quelque chose que l’on pourrait nommer « l’être véritable de Thérèse » se dévoile alors, dans l’effroi de ce même monde. Ainsi le « pourquoi » de son geste semble évacué par le geste lui-même qui s’auto-justifie dans son accomplissement et se passe de mots.

Auparavant elle n’était  pour nous qu’une chose, une suite agencée de motifs et de modèles, de passions, d’intérêts et d’habitudes. Mais voilà qu’un geste fait destin pour elle, elle qui parle elle-même de « rythme de son destin », un geste qui pourrait nous rendre cette femme encore plus étrangère qu’elle ne l’est déjà, mais ce n’est pas le cas : en effet la liberté de Thérèse est une des phases de ce rythme, ainsi elle est finalement prévisible jusque dans sa liberté elle-même.

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