Au-delà des collines

Après le beau Théodora pécheresse de Anca Hirte, un autre film roumain très attendu et qui se passe également dans l’univers religieux chrétien : le nouveau Cristian Mungiu, réalisateur qui avait obtenu la palme d’or à Cannes il y a quelques années pour un film sur l’avortement clandestin. Le premier plan sur les cheveux noirs tressés de Voichita (Cosmina Stratan) rappelle d’ailleurs encore Théodora, mais ici on va nous montrer l’union à Dieu sous un jour et des conséquences moins optimistes.

Hélàs…en ce qui me concerne c’est une déception. Pourquoi? Parce que sans aller jusqu’à l’extase mystique j’aurais aimé voir un soupçon de sacré dans cette histoire. Ce qui d’ailleurs, en faisait l’intérêt, hélàs, au delà des collines, rien à l’horizon, Dieu semble s’être rendu absent de la scène…

Mais il faut cependant reconnaître au film de très grandes qualités esthétiques et que le réalisateur a le sens du détail. Des plans et des paysages transportant, une photographie d’une beauté naturaliste qui retranscrit parfaitement l’ambiance de la vie monastique jusque dans la sensation d’austérité de la religion partout par des symboles omniprésents, le double prix d’interprétation féminine à Cannes raisonnablement mérité sans parler des rôles secondaires également très bien tenus : ce qui blesse est assurément au niveau du scénario et de la profondeur. Car même une beauté formelle exquise ne peut combler un vide scénariste qu’on fait en plus traîner pendant deux heure et demi.

Dans cette ambiance singulière, Mungiu tente de nous parler d’un amour fou, sans concession, prêt à tout endurer, à tout sacrifier mais pas à surpasser ses non-convictions religieuses. Et voici une Alina enragée qui s’oppose avec force et fracas à la vie du couvent et l’ordre établi, mortifiée que son ancienne compagne d’Orphelinat refuse de la suivre, sans toutefois la rejeter mais lui portant désormais une affection chaste, un amour de nonne. Nous voici donc plongés dans une situation faussement complexe. Voichita a fait un choix, Alina veut l’arracher au couvent où elle est désormais intégrée pour l’emmener avec elle en Allemagne où elle mène sa propre vie et vivre une histoire d’amour à ses côtés. Voichita, désormais tourné vers Dieu, refuse et tente d’expliquer son choix à Alina tout en montrant son affection persistante pour elle en entretenant une amitié semi-particulière teinté de pudeur, mais cette dernière refuse de l’entendre et cède à une hystérie aussi inattendue qu’illogique (la cause semblant être son corps privé d’affection charnelle). Cela la conduira forcément à sa perte.

Quoi d’autre? Rien du tout, le vide absolu ou presque. Une scène de gentil exorcisme soporifique pour une Regan récalcitrante et qui comme cette dernière débarque en pleine cérémonie  fait un scandale, voulant vainement tenir tête à ce qui croit-elle, empêche la réciprocité de son amour. Bref… un film tautologique qui n’a pas l’aspect transcendant des films de Bruno Dumont auxquels il fait pourtant penser de par son esthétisme. Finalement le fond du récit ne raconte rien sinon une série de mauvais choix qui conduisent une personne perturbée à sa perte à force d’obstination à vouloir l’impossible quitte à n’être pas à sa place et vouloir affronter un monde qui lui est extérieur. Qui s’y frotte s’y pique, amen.

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