La chasse

Quinze ans près Festen qui traitait également d’abus sexuel révélés cruement, Thomas Vinterberg aborde à nouveau ce thème délicat en prenant cette fois la situation inverse : celle du « mensonge » de l’enfant (mais peut-on, au vu des circonstances vraiment parler de mensonge?) et du radicalisme de la vengeance face à un thème tabou.

C’est l’histoire d’un enchaînement malheureux et dramatique, qui au passage, n’est pas sans rappeler Le procès de Kafka devant la similarité d’impuissance des deux protagonistes qui font l’objet de reproches illégitimes.  Le récit prend corps dans une communauté danoise soudé qui se disloque après un mensonge terrible, mais malgré tout innocent dans les intentions, d’une petite fille, qui prétend avoir vu « le zizi tout dur et raide comme une trique» d’un de ses éducateurs, des mots bien curieux pour une enfant de cet âge (ce qui ne met même pas la puce à l’oreille de l’adulte à qui elle fait cette révélation) qu’elle a entendu de la part de son frère aîné qui regardait des images pornos sur sa tablette tactile.

Suite à ce qui pourrait être une simple situation embarassante, rapidement mise au claire et éludée, elle est prise trop vite au sérieux et amplifiée, la petite fille désormais embarrassée par son mensonge est poussée aux aveux par les adultes qui ne remettent jamais en question ses hochements de têtes empruntés (réaction que l’on ne peut même pas critiquer) et la vie de l’homme bascule peu à peu. Ce qui apparaît au départ comme une méprise sans conséquence va prendre des proportions énormes et dramatiques même si ce qui fait la force du film est justement de rester au bord du précipice en se gardant d’y tomber et tout en faisant ressentir l’effroi d’une telle chute au spectateur qui peut aisément imaginer l’impact. Lucas aime les enfants, son fils, sa chienne Fanny, sa nouvelle petite amie, ses amis, la vie…c’est pourquoi cette accusation est aussi traumatisante pour lui, tout comme voir son entourage passer du doute à la certitude de manière brutale. Jusqu’au moment où Lucas est finalement arrêté…

La situation s’empirera quand il sera relâché (faute de preuves puisque tout atteste son innocence), sombrant dans une violence qui rappelle Calvaire ou Délivrance, même si le réalisateur tient toujours la bride pour ne pas faire de Jagten, une simple chasse à l’homme qui sombrerait dans la violence gratuite.

Personnage quasi héroïque, Lucas luttera pour conserver sa dignité, injustement arrachée, mais sans ressentiment pour personne. On croit pourtant à la rédemption…jusqu’à une détonation finale qui nous rappelle que le soupçon n’est jamais dissipé, comme une marque indélébile sa présumée culpabilité.

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