God bless America

Stupide vous avez dit stupide ? C’est peu dire. God bless America, c’est un film au scénario en effet « tout bête » , sur la société du spectacle, devenu aujourd’hui le buzz prenant corps dans une médiocrité ambiante.

Ainsi, l’hymne de la fierté est renversé en hymne de la honte, en une chanson paillarde et obscène. Le titre ironique à souhait du film donne le ton.

Avital Ronell écrit au début de son essai Stupidity qu’il serait tentant de partir en guerre contre la bêtise, avec un certain optimisme, comme s’il s’agissait de quelque chose dont on peut encore triompher.

Comme si nous savions encore comment l’éradiquer ou comment circonscrire un tel objet de manière à produire du sens, donner à nouveau sa chance à l’avenir. On le sait : la bêtise exerce une fascination, comme celle de cet attardé qui se ridiculise gaiement dans ce show télévisé American Superstar que tout le monde regarde par un joyeux consensus.

Dans God Bless America le divertissement est finalement classiquement assimilé à la bêtise.

Sauf qu’on ne s’arrête pas en route pour en faire l’analyse, on part en croisade sanglante contre elle au nom de l’exaspération et du désespoir d’une existence dont on ne comprend plus le sens pour peu qu’on réfléchisse, pour aller bien il faut adhérer à ce système. Tuer ou se tuer, voilà le dilemme. Qui est ce « on » ? Ce n’est justement pas le « on » du consensus commun, mais deux êtres singuliers mais pas tant que ça : Franck qui souffre d’une tumeur au cerveau, qui vient de se faire virer de son travail juste pour avoir envoyé des fleurs à une collègue et dont la fille ne veut plus le voir et Roxane, une charmante lycéenne qui se sent différente et exclue d’un système qu’elle déplore. Le film, cependant loin d’être manichéen, assume un humour à la fois cinglant et sanglant tout au long du film en remettant constamment en question la bêtise « qui peut véritablement désigner ce qui est bête ? ».

Ce pourrait en effet être une comédie noire un peu à la manière d’American Dad s’il n’y avait pas un propos aussi sérieux en arrière fond. A savoir l’effondrement de l’humanité dont on ne sait plus très bien ce qu’elle signifie. Ici le meurtre est donc la réponse à la fois nihiliste, libératrice et radicale à une violence sans doute moins radicale mais tout aussi destructrice : une véritable croisade  déjanté à tendance Bonnie and Clyde mais qui en vérité rappelle davantage Kick Ass s’engage contre les petites médiocrités du quotidien. Comme on ne peut pas se débarrasser de la bêtise en douceur, on répond y répond par un mode typiquement américain : par les armes, et non par l’intelligence devenue impossible à localiser et qui apparaît de toute façon comme une utopie trop faible. Peut-être un film profondément pessimiste mais qui ne s’en donne pas moins à cœur joie dans sa démarche utopiste d’extermination des idiots.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s