Después de Lucia

Ce film mexicain au sujet sensible entremêle deux intrigues : le deuil de la mère de l’héroïne et l’harcèlement scolaire extrême qu’elle va subir. Il était certainement l’un des évènements cinématographiques les plus attendus de cette rentrée, malheureusement  il s’avère être une profonde déception et une supercherie quasi révoltante. Et c’est dommage parce Después de Lucia avait tout pour être excellent et manque seulement (mais cruellement) de pertinence, d’honnêteté et de probité intellectuelle dans la manière de mener le scénario. Malheureusement tout ceci crucial, et leur absence entraîne la chute du film malgré ses qualités formelles et la bonne idée de base. En ce sens, le réalisateur est loin, très loin, d’être le « Haneke mexicain » comme on a pu le lire dans la presse…

Evidemment quand on voit la bande-annonce, il semble explicite que les deux intrigues vont  être confrontées l’une à l’autre et traitées ensemble. Malheureusement  le jeune cinéaste mexicain enthousiaste n’a même pas eu cette probité là. Il se contente de surenchérir dans la noirceur jusqu’à la fin sans se soucier de l’aspect psychologique et de la cohérence, comptant, de façon beaucoup trop exigeante et répétée, sur le spectateur pour relier le tout et faire sans cesse des sauts dans la foi devant ce qui est son deuxième long métrage choc après Daniel y Ana.

Después de Lucia : photo Hernán Mendoza, Tessa Ia

Résultat, on est rapidement agacé par la malhonnêteté du film; après avoir été d’abord ravi de l’audace d’un tel scénario et impatient de le voir traiter dans sa complexité puisque telle est l’ambition qu’il affiche mais il s’avère profondément incapable d’une telle pertinence. La forme est peut-être -bien que les deux soit difficilement dissociables- mais une fois n’est pas coutume, plus intéressante que le fond dans la mesure où Franco affiche une certaine originalité pour filmer des plans où chaque partie est animée et que l’on peut regarder comme un tableau. La séquence d’ouverture est également bien tournée car efficace tant elle fait immédiatement naître le malaise : un homme imposant filmé de dos dans une voiture qu’il vient de récupérer au garage. Soudain de manière inattendue et brutale en pleine double-file et en plein jour, il jette les clés sur le tableau de bord et l’abandonne, comme s’il n’avait plus rien à perdre et n’en avait donc plus rien à foutre de rien, inquiétant présage annonçant la possibilité d’un acte fou…

Mais le reste, déconnecté de ce malaise qui devrait être au coeur de la narration et omniprésent, n’est rien de plus qu’une histoire plate de harcèlement, vidée de toute analyse et matière à penser, filmé plans après plans dans une monotonie morbide bêtement auto-satisfaite. Juste un pâle remake du Savage School de Tom McLoughlin.  Alejandra, la victime, a en effet perdu sa mère récemment mais ce fait apparaît comme parfaitement anecdotique et inexistant puisqu’il n’est jamais évoqué et que personne n’en sait rien, l’unique question posée sur sa mère étant évacuée par un mensonge furtif. En parallèle on voit un père dépressif qui ne parvient pas à faire le deuil de la mort de sa femme et peine grandement à assumer le quotidien.

Il y aurait évidemment beaucoup à dire et à commenter sur le fait que l’orpheline devienne une cible pour ses camarades (comme si sa différence transpirait d’elle, l’empêchait non seulement de s’intégrer mais engendrait aussi la violence) mais ce n’est même pas suggéré implicitement. Ici nous avons juste une jeune fille inconséquente qui s’est docilement laissée filmer pendant ses ébats avec le beau gosse de la classe lors d’une soirée trop arrosée, et qui devient à partir de là la trainée officielle du lycée : une pauvre fille facile à qui l’on peut tout infliger sans remords puisqu’elle ne se défend jamais.

Deux des filles qui vont ensuite la martyriser lui posent les bonnes questions que j’aurais voulu moi-même lui poser « pourquoi tu t’es laissée filmer? Tu savais que c’était pour mettre la vidéo sur internet, non? Pourquoi aurait-il filmé autrement? »

Devant son absence de réactivité, ses camarades iront de plus en plus loin dans l’atrocité, jusqu’au pire, puisqu’elle ne dit jamais rien, comme ils l’expliqueront plus tard au père. Le film s’achève sur un retournement incongru, et de la façon la plus noire possible après un enchaînement des plus incohérent et insatisfaisant. On sort de la salle en colère mais hélas  pas pour les bonnes raisons…mais bien parce que, à l’image du gâteau surprise infect confectionné pour l’anniversaire d’Alejandra par ses camarades et qu’elle est forcée d’ingurgiter, Michel Franco a lui aussi voulu nous tromper sur la marchandise en déguisant un long métrage abject en chef d’oeuvre et en nous le servant ainsi, avec ce drame raté où la médiocrité rejoint le nauséabond.

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