Vous n’avez encore rien vu

C’est sûr…à plus de 90 ans Alain Resnais peut encore envoyer une pleine puissance tragique au travers d’un beau casting dans une mise en scène en abyme, excessivement énigmatique qui ne nous laisse pas tout voir dans ce théâtres d’ombres : à la fois complexe,littéraire et onirique, elle séduit autant qu’elle pique la curiosité, est-ce que tout n’est qu’illusions et décors? Le film joue avec la forme et le fond sans répondre de façon tranchée mais plutôt en explorant l’ambiguité et la limite ténue entre fictif et réel par la thématique théâtrale.

Il est bon de souligner d’emblée, afin de lui rendre grâce, que Sabine Azéma (dans son propre rôle comme les autres comédiens) est ici exceptionnellement impliquée et brillante. Podalydès extrêmement bienvenue dans le rôle d’Antoine d’Anthac et le reste de la troupe fait son travail très convenablement dans ces multiples reprises d’Eurydice de Jean Anouilh qui s’entrecroisent, s’entre-imbriquent entre réel et fictif, entre souvenir passés et narration présente, dans une forme de douleur littéraire et de beauté extrême de la tragédie, ce qui n’est pas sans rappeler Hiroshima, mon amour.

Oui, il y a définitivement bien quelque chose derrière le rideau rouge de l’affiche, et c’est une bonne surprise. Allez, venez voir les comédiens : « poussez la toile et venez donc vous installer, quand les trois coups retentiront dans la nuit, ils vont renaître à la vie les comédiens… » Autant d’incarnations d’Orphée et d’Eurydice qui commettront l’erreur humaine trop humaine, et ici salvatrice de se retourner sur le passé ; en ce sens Resnais prend plaisir à retourner le mythe en inversant la mort et la vie au croisement spectral : Orphée voulait ramener Eurydice dans le monde des vivants, ici au contraire c’est un mort (réel ou fictif, peu importe) qui convoque les vivants pour sa distraction personnelle.

L’amour du jeu, de la comédie, du tragique, de la scène, la fascination pour l’humain et ses affects, en enfin pour l’amour lui-même… tout cela semble vivre encore dans le coeur et la mise en scène de ce cinéaste immense, intact et à l’affût de l’émotion dans cet étrange théâtre de la vie.

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