Téodora Pécheresse

Teodora pécheresse : affiche

L’APPEL ET LA RÉPONSE

« Téodora pécheresse » est un film profondément beau, inspiré, fort, pictural et étrangement apaisant.

Anca Hirte nous livre aussi une splendide histoire d’amour, il faut le souligner même si elle est singulière (surtout en raison de cette singularité d’ailleurs) ; ici un mariage de nature spirituelle se prépare quelque part dans un monastère en Roumanie, celui de ladite Téodora, jeune femme de 24 ans aux longs cheveux noirs qui s’apprête à prononcer ses voeux pour appartenir corps et âme au seigneur, autrement dit, faire don de soi à l’invisible précisément par foi profonde pour cet amour là.

La préparation de la cérémonie constitue le seul et unique objet du film et pourtant au lieu d’ennuyer, il apaise profondément, amène à la réflexion, entraîne et finalement captive pour notre plus grand étonnement. Nous pénétrons dans un autre monde pendant une heure et demi, happé par le destin de Téodora que nous suivons fébrilement dans l’intimité de son trajet singulier, cette jeune femme pleine de grâce dans sa quête d’amour de Dieu et sa dévotion entière pour ce dernier. Cet amour là se donne sous le mode d’une absence et d’une perte : Téodora doit renoncer et pour ce, postuler qu’il vaut mieux perdre que posséder ou acquérir, engageant ainsi une réflexion sur le don et la perte, thèmes que la film interroge avec pertinence au travers des conversations empruntes de la beauté du quotidien.

Bien que loin de son univers, on s’attache à cette belle jeune femme qui n’est peut-être pas si éloignée de nous que cela finalement (qui n’est pas confronté au don et au sacrifice en amour? Quel que soit la forme prise par ce dernier d’ailleurs).

Même si l’amour de Téodora ne trouve pas d’existence corporelle , la tendresse est palpable et extrême dans chacun des gestes de ceux qui l’accompagnent dans cette cérémonie capitale : « les petites mères », ses compagnes, le peigne dans ses longs cheveux, le fer à repasser sur sa chemise. Dès la première scène on sait que le mariage aura bien lieu et pourtant on est jusqu’au bout émus et emplis de sollicitudes devant les inquiétudes et éspérances de Téodora qui ne désire conserver qu’une seule chose : son prénom. Et au final c’est nous, spectateur finalement implique, qui approuvons avec ferveur et joie cette union, après l’avoir attendue, preuve qu’Anca Hirte a su nous transporter au travers cette lente préparation dont on s’aperçoit à ce moment là qu’elle n’était pas seulement celle de Téodora mais aussi nôtre au fil des échanges et images nous conférant une certaine paix intérieure.

On reste comme fasciné, comme devant un sublime tableau biblique, par cette femme chaste mais désirante, pécheresse sans aucun doute car incroyablement vivante et humaine, mais pure néanmoins ; baignant dans les eaux de l’amour, et non dans les larmes, comme Marie-Madeleine. Car, « Amante en l’Amant transformée » (Saint Jean) elle rejoint corps et âme le corps absent de l’Autre…

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