Ombline

Stéphane Cazes frappe fort pour un premier long-métrage en nous entraînant dans l’univers carcéral féminin. Un film brut, à vif, tendu, sclérosé, réaliste, sans concessions et pourtant résolument optimiste et c’est toute la puissance de ce film qui ne tombe ni dans le larmoyant, ni dans le pathétique mais se contente de raconter un combat de l’intérieur avec force et talent. Car même si on ne la voit pas quand on est à l’intérieur, il y a bien de la lumière et de la douceur derrière la porte du cachot.

C’est totalement habitée que Mélanie Thierry incarne Ombline, une jeune femme de vingt ans, vive, entière et raisonnablement enragée ayant été condamné à 3 ans de prisons pour agression, il faut dire qu’elle porte un lourd passé, mère décédée, père en prison, aucune famille.

Elle vit donc sa grossesse en prison et manque d’y accoucher ; elle est conduite à l’hôpital in extremis. La clarté de sa chambre contraste avec l’ambiance de la prison, mais pas pour longtemps car la présence de la surveillante dans le couloir vient rappeler que le cauchemar n’est pas très loin. Le retour derrière les barreaux sera difficile, d’autant plus que rien ne nous est épargné de la douleur d’élever un enfant en prison : l’enfermement, les frustrations déchirantes et humiliation, l’impuissance, l’incertitude, les menaces angoissantes omniprésentes, la violence extrême, mais aussi l’amitié entre les mères détenues. Tout est très réaliste, prenant parfois presque des allures de documentaire mais tout en gardant cependant une tension constante  dans la narration, de telle manière que l’on vit avec Ombline pendant 100 minutes. On partage ses craintes envers certaines détenues et pionnes, ses joies, sa souffrance, sa peine, son immense lutte quasi héroïque contre les multiples forces opposantes qu’elle ne cesse de rencontrer, même si dans sa victoire inévitablement elle fera quelques dégats. « On aurait dû se connaître ailleurs » dit-elle d’un ton assuré  à la pionne la plus sympa qui lui confie qu’elle ne sait plus quoi penser à son égard. On approuve : le film montre aussi avec pertinence à quel point la prison entraîne la violence dans un cercle vicieux dont il est presque impossible de s’échapper. Ici c’est le dénouement heureux qui surprend et confère une grâce infinie à cette histoire d’une magnifique libération gagnée par l’amour et la tenacité.

« C’est fini le déluge mon bonhomme » dit-elle en serrant Lucas contre elle, dans la belle chambre de la famille d’acceuil, avec un sourire transpirant de bonheur. On sourit aussi, pétri d’émotion et contre toute attente, on sort avec une formidable énergie et un sentiment finalement assez proche de celui éprouvé devant A moi seule de Frederic Videau sorti en avril dernier.

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