Camille redouble

Oui, elle redouble notre Noémie Lvovsky alias Camille, et de la manière la plus imprévue qui soit et sans passage au conseil de classe. Et le moins qu’on puisse dire c’est que ça lui est profitable : en effet cette fois-ci elle excelle et tranche à elle seule sur la question du redoublement utile souvent posée par l’éducation nationale. Voici donc Camille, comédienne en galère de 40 ans qui tourne dans des séries Z telle que « la revanche du boucher » scène hilarante sur laquelle s’ouvre le film. Elle a aussi une fille de 23 ans qui s’occupe d’elle plus que l’inverse ; elle est s’est mise à boire après la mort de sa mère et le fait que son mari la quitte n’arrange rien et vient couronner cette vie pas franchement enviable, autant dire que ça commence plutôt mal pour une comédie légère.

Mais on est le 31 décembre et peu importe la raison mais la magie va opérer.

La force du film tient à son côté mysterieux, on ne comprend pas pourquoi Camille se retrouve projetée soudainement dans son passé (hormis ce passage furtif à la boutique pour changer la pile de sa petite casio). Pourtant la magie opère et elle retrouve ses seize ans et ses parents par la même occasion. Ces retrouvailles tendres (même si l’émotion est unilatéral puisque ses parents ne vivent pas ce saut dans le temps) ne peuvent laisser de marbre. On est également touchés de voir avec quelle joie Camille accepte finalement de « redoubler » et réendosse avec amusement et naturel les vêtements de son adolescence, retrouve ses copines, ses professeurs, les devoirs, les potins, les cours de sport, les pestes qui critiques son corps « bizarre » qui a « un vrai problème » mais peu importe…tout le monde semble croire dur comme fer qu’elle a seize ans malgré son visage qui est toujours celui de ses quarante ans. Le spectateur est donc invité dès lors à faire un petit saut dans la foi ou comprendre que l’histoire n’est pas à prendre au pied de la lettre mais comme un conte métaphorique ou encore une réfléxion sur le temps qui passe et sur l’inéluctable.

Les choses auraient-elles pu être différentes? Voilà la question qui sous-tend le film, ainsi les allures de comédie s’estompent pour laisser place à un film plus grand dans la bataille livrée par Camille contre ce qu’elle sait être son destin « tu crois qu’on ne choisit pas sa vie, mais bien sûr que si, on la choisit à chaque instant » lui dit une de ses camarades de classe. Camille elle est plus sceptique et cette interrogation sur la possibilité de changer le cours des choses atteint son paroxysme dans une scène qui assez déchirante lorsque Camille essaie à tout prix d’éviter la mort de sa mère (parfaitement incarnée par la touchante Yolande Moreau) mais la tragédie a bien pour caractéristique que dès le début on le sait déjà…et le bruit de la vaisselle du corps qui chute dans la cuisine ne nous sera pas épargné. De la même façon lorsqu’une de ses amies annonce qu’elle vient d’apprendre de la part d’un ophtalmo sa future cécité et ne peut y croire, Camille qui connaît la vérité préfère rester muette lui conférant malgré son allure pop de midinette de 16 ans du milieu des années 80 une forme de gravité certaine.

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La réussite du film tient donc à une excellente distribution, (on retrouve en effet pour notre plus grand plaisir un Denis Polydalès toujours magnifique et poignant, le dessinateur et réalisateur Riad Sattouf et l’adorable Vincent Lacoste des beaux gosses ainsi que son compère hilarant Anthony Sonigo) et au subtil mélange entre badinerie pop ; « I am walking on the sunshine » qui nous reste dans la tête, romance et grâce à cet engagement vitaliste et beau en faveur de cette nécessité de ce qui arrive de toute façon et malgré tout, sans qu’on y puisse rien « c’est la vie qui m’arrive, maman » dira Camille à ce propos. 

Un hymne à la vie qu’on doit prendre dans son intégralité sans en rechercher la perfection. Le film a des résonnances certaines avec La vie ne me fait pas peur , le précédent film de Noémie Lvovsky où elle évoquait également le passé. Une nostalgique avec les larmes aux yeux en écoutant une chanson de Barbara? Sans doute mais une nostalgique énergique, riante allant de l’avant et qui ne s’en remet au passé que pour rendre grâce à ce présent de manière à le faire définitivement sien.

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