La servante

Image IPB

La world cinéma fondation de Martin Scorsese a restauré la pellicule du film La servante, oeuvre inclassable réalisée en 1960 par Kim Ki-Young qui avait fait scandale lors de sa première sortie. C’est donc un joli geste cinématographique dans la mesure où ce film choc a été fondateur pour le cinéma coréen et lui  a insufflé son style étrange et singulier. Deux ans après le très bon remake The Housemaid signé Im Song-Soo, nous voici donc offert l’original et c’est un impact visuel et moral certain même 50 ans plus tard.

A noter qu’au vu de la différence notable au niveau du scénario fait supposer que The Housemaid était en fait davantage une réécriture qu’un remake au sens stricte du terme.

Un beau film saisissant, étrange et glaçant, qui plus est avec un humour féroce et rempli de symboles comme on en a désormais de la part des cinéastes coréens (comme recemment les films chocs de Park Chan Wook, réalisateur de Old Boy et de Thirst).

C’est aussi un long métrage étouffant aussi, car on peine rapidement à respirer dans ce huis-clos extrême tant l’air se raréfie à vitesse grand V jusqu’à nous sequestrer dans une atmosphère cauchemardeque ; à la fois glauque et malsaine de la nouvelle maison familiale, bien loin de l’âtre rassurant (j’avais rarement eu ce sentiment d’enfermement de façon aussi prononcée au cinéma à part dans Buried bien sûr).Blague mise à part, le rythme de la narration fonctionne bien en allant croissant en intensité, un sentiment d’urgence se crée par une situation de plus en plus périlleuse, l’étau se resserre encore, la réalité devient incertaine pour faire place à un climax en terme de malaise, de cruauté et d’obscenité, mais l’un des intérêt du film est que ce déchainement de violence est bel et bien des deux côtés dont la limite est d’ailleurs montrée fragile voire indiscernable. Il est en effet de plus en plus difficile de dire qui est la victime et s’il y en a vraiment une. En ce sens le film est aussi une satire sociale : qui profite de qui? Qui exerce sa domination sur l’autre/les autres? Où se trouve la souffrance la plus vive? La dialectique maître/esclave semble exploser dans ce jeu ambigue.

On ne s’attache en effet pas davantage aux dits maîtres qu’à la servante car eux aussi ont leur part de méchanceté, de médiocrité et sadisme. La question soulevée est celle du pouvoir tyrannique. C’est bien une opposition ennemi/ennemi que nous présente ce film. Mal contre mal, ce qui est assez rare tant dans la littérature que dans le cinéma.

En ce sens, La servante est un film très sombre humainement parlant entre beauté formelle et indécence extrême.

Ce qui est sûr c’est que Lee Eun-Shim (en noir sur la photo ci-dessous), qui incarne la servante, créature étrange et inquiétante faisant irruption dans le milieu de la petite bourgeoisie, me hantera un moment par ses apparitions toujours innattendues et de plus en plus terrifiantes jusqu’à un final surprenant d’une ironie dévastatrice et intelligente.

Une scène du film coréen de 1961 "La Servante" de Kim Ki-young.

Un poison lent mais envoutant à se faire servir glacé…par cette canicule ça ne se refuse pas.

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