Laurence anyways

Après J’ai tué ma mère et Les amours imaginaires, Xavier Dolan (jeune réalisateur quebecquois, prodige de 23 ans que l’on ne présente déjà plus après ses deux bombes cinématographiques) fait une nouvelle fois preuve de son incroyable talent tant d’un point de vue scénaristique que cinématographique, de sa grande maturité et de sa sensibilité extrême avec ce nouveau film aussi splendide que surprenant.

L’histoire est celle d’un jeune couple littéraire et marginal au début des années 90, lui est prof à l’université, elle est jeune, belle et vive, capricieuse, amoureuse, fofolle et va devoir grandir d’un coup : du jour au lendemain, le jour de son trentième anniversaire précisément, il lui annonce qu’il est en fait elle et l’aventure commence. Suzanne Clément, entre acceptation, rejet et amour incarne un beau mélange d’émotions avec une grâce confondante. Melvil Poupaud, est quant à lui, plus touchant que jamais et parvient à incarner avec justesse et force son personnage beau et complexe : ce/tte Laurence de toute façon et accompagner avec son jeu de façon intelligente une réflexion bien présente sur ce qui change ou non au cours de cette transition, jusqu’à la très touchante interview dans le café avant la scène finale à la fois malicieuse et poétique.

Je craignais fortement les longueurs pour un film de presque 3h00 mais on se laisse volontiers porter par cette histoire d’amour au gré des vagues tantôt tendre, lyrique, drôle, d’une violence extrême. Entre amour et révolte (petit clin d’oeil à King’s queer à qui le film devrait plaire) on assiste à l’évolution et aux errances de cet être sur une décennie sans y rester indifférent. Au final il reste bien quelque chose de cette épopée : on ressent -parfois avec la douleur du personnage-aux tripes une sensibilité à fleur de peau aussi énorme que sincère d’autant plus qu’elle s’achève sur un magnifique hymne à la tolérance et à l’amour. Ce troisième (très) long métrage fait donc mouche et confirme le prodige Dolan.

L’absence d’ennui tient aussi à la réalisation toujours très artistique et soignée de Xavier Dolan, souvent plein de malice et de pertinence au travers des petits détails et dans le choix des scènes (pour n’en citer qu’une, j’ai évidemment adoré le « ecce homo », nietzschéen à souhait vu les circonstances, écrit sur le tableau par Laurence au moment de son renvoi), toujours esthétique (et ce aussi bien musicalement, vestimentairement, accessoirement que dans tout les petits détails qui font le charme, la poésie et donne de la subtilité au propos) et avec un bel esprit littéraire. Je ne taris pas d’éloges mais vraiment : ce mec m’impressionne par sa créativité et sa capacité à prendre des risques.
Concernant le thème abordé ici et surtout la manière de le traiter, j’ai bel espoir que le fait que le film soit largement distribué (je l’ai vu au Gaumont et non au Katorza) et fasse l’effet d’un beau petit pavé dans la mare dans le paysage cinématographique et culturel ; un film de ce genre là est forcément une bonne chose et vient s’aligner (à titre d’information) à côté de Boy don’t cry ou Transamerica avec en plus un grand sens esthétique, des idées et intuitions intéressantes et une narration et une sensibilité à la fois plus décalée et plus intense.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s