Cosmopolis

Le nouveau film de Cronenberg avec Robert Pattinson-lequel m’a convaincu d’ailleurs.

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Cosmopolis est un film lent, bavard, esthetique, d’une certaine froideur nihiliste et pourtant…incroyablement émouvant et efficace (et oui!).

Adaptation très fidèle de l’excellent roman de Don Delillo, la structure de l’histoire ainsi que la profondeur des dialogue m’a vivement rappelé, bien qu’évoluant dans un univers bien différent, Mrs Dalloway de Virginia Woolf pour cette volonté de raconter la vie d’une personne en une journée et de montrer, en filigrane, les forces à l’oeuvre faisant de cette journée en apparence ordinaire un tournant décisif et brutal dans la vie de cette même personne. C’est le matin à NYC, Eric Parker, jeune milliardaire surdoué qui a fait ses preuves dans le monde de la finance, n’a qu’une obsession : aller chez son coiffeur à l’autre bout de la ville : pour ce faire il saute dans sa limousine blanche où se succederont des personnes qu’il côtoie marquant  l’écoulement de cette journée particulière. Impuissant, au fil des conversations d’une lucidité cruelle, il comprend que sa chute est imminente et la violence urbaine se caractérisant par des émeutes et des lancers de rats répétés le lui confirme.

Dans un cynisme décapant et un fatalisme bouleversant, il accepte finalement son destin et sa destitution et en devient alors touchant. Passant de son rôle de golden boy symbole du capitalisme triomphant à celui d’homme fragile et inquiet, tremblant et finalement effondré face à la mort d’un rappeur black en se remémorant un de ses airs populaires et illustrant ainsi à merveille cette maxime de Chesterton comme quoi « rien n’échoue comme le succès ».

La scène finale est d’une grande ironie puisqu’elle consiste en un long dialogue, poignant et mordant, sur la déshumanisation et les ravages résultant du capitalisme, entre son assassin et Eric Parker. Ce dernier consent d’ailleurs à sa propre destruction avec une lucidité mature et désarmante par la prise de conscience de sa responsabilité le changeant en anti-héros des plus dignes…finalement on ne sort pas indemne de la salle. Ce film risqué par ses choix de mise en scène confinés et son thème traité plutôt complexe apparaît pour le spectateur le plus probe de la puissance d’un Audiard ou d’un Dumont, pas moins.

On retrouve ainsi une thématique chère à David Cronenberg: la transformation de l’homme en quelque chose.

En effet ; à l’inverse de La Mouche ou Chromosome 3, il y a un effet miroir celui d’un personnage déshumanisé et glacial, sans émotions apparentes, qui au fur et à mesure de la journée va en retrouver et devenir un humain en quelque sorte à la fin puisqu’il ressent de la douleur lorsqu’il se tire une balle dans la main et des larmes lorsqu’il comprend qu’il va mourir ; qu’il doit mourir. Il passe du statut d’homme statique et uniforme en un héros qui se bouge et remue : bref qui vit et entre pleinement dans l’existence et ses vicissitudes et qui ne semble pas méconnaître le paradoxe de la mort : si elle marque la fin de la virilité et de l’héroïsme comme le souligne Levinas dans Le temps et l’autre, elle n’est cependant jamais maintenant et laisse ainsi l’individu qui en prend conscience maître de saisir le possible conféré par ce hic et nunc grâce à la résolution devançante s’illustrant ici dans l’action et la décision. Splendide.

« Se faire descend’ c’est facile,

Sept fois que j’ai essayé,

Maint’nant je n’suis qu’un poète,

Qui rime en solo. »*

*Cosmopolis de Don Delillo, Edition Babel, p.145 (citation du rappeur décédé dans l’histoire, Brutha Fez.)

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