Cake

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SOUFFRIR DIT-ELLE

Rares sont les films qui sachent traiter de la douleur sans complaisance, d’autant moins quand celle-ci succède aux évènements les plus graves. Cake en fait partie dans la mesure où il parvient à la rendre intelligible au spectateur d’une manière quasi phénoménologique en s’attachant aux détails. Jennifer Aniston est dans la peau d’une femme brisée, hors d’elle et déséspérée. Elle ne semble plus croire en rien sans que l’on sache d’emblée ce qui lui est arrivé. Ce choix de ne pas dévoiler l’évènement à l’origine de son état permet de montrer la souffrance sans imposer une empathie, sans lui donner immédiatement une signification et c’est suffisamment rare pour être souligné, d’autant plus que c’est une prise de risque car peu de personnes sont capables de tolérer de voir la douleur sans lui attribuer une origine. Pour regarder Cake, il faut accepter de ne pas savoir et s’ancrer dans le vécu psychique et physique douloureux de Claire sans juger ni s’appitoyer mais en regardant son épreuve intime plan après plan. Une démarche audacieuse qui mérite d’être saluée pour son honnêteté.

Lost River

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LE MONDE PERDU

Lost River, réalisé par Ryan Gosling, est un film surprenant et inspiré auquel on ne saurait faire de reproche de pussillanimité et auquel, par conséquent, on parvient à pardonner les petites maladresses qui font aussi son attrait. Ce qui est brillant, c’est d’installer – l’air de rien- la fiction dans le réel et de construire la trame sur cette limite volontairement floue. L’esthétique tend ainsi à se confondre avec le propos.fantastique de cette dystopie qui ne manque pas d’idées.et nous rappelle certaines lectures d’enfance. Une violence sauvage perce à chaque scène, allégorique d’une menace contemporaine.de tyrannie et de destruction.

Ryan s’avère avoir un certain goût pour les flammes dans la nuit et la désolation. En tant que spectateur on ne peut nier que cela ait son charme même si l’on regrette parfois de ressentir quelques platitudes au spectacle de ces visions apocalyptiques trop parfaites. Heureusement, l’intention assumée d’une dystopie et un engagement dans ce qui ressemble à un conte sombre parvienne à nous les faire oublier et à s’ancrer dans ce récit hors du temps.

A la folie

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L’AMOUR FOU

A la folie est un documentaire de quatre heures qui nous enferme avec ses protagonistes d’un asile à ciel ouvert, situé dans une région pauvre de la chine. Les scènes sont répétitives et souvent très longues. Sans doute, l’immersion du spectateur ne pouvait-elle se faire qu’à ce prix. Car chacune nous fait un peu plus pénétrer dans cet univers particulier, au point qu’on se sent devenir peu à peu nous-mêmes un résident par l’intrusion intime à laquelle nous sommes conviés. Ainsi nous nous trouvons inévitablement en  empathie avec eux -à l’instar du réalisateur qui saisit son sujet d’une manière très minkowskienne par sa capacité à investir le récit dans un temps vécu et à relater des expériences tangibles-, on s’immerge dans les petits détails de leur vie quotidienne de ses frustrations à ses petites joies. On comprend de manière intime leurs attentes et leurs douleurs au point, en effet, de presque les ressentir physiquement nous-mêmes tant la précision du cinéaste et son sens du détail nous permettent de cerner chacun des résidents. Wang Bing n’a pas que le sens du détail, il a également le sens de l’anecdote à tel point qu’il parvient à rendre profond de signification le moindre fait qu’il filme, délivrant l’extraordinaire caché sous l’anodin juste en s’y arrêtant. Par cet arrêt, quelque chose apparaît nous faisant voir ce sur quoi nous passons habituellement. En cela il y a quelque chose d’incroyablement poétique dans son documentaire puisque du quotidien surgit ce qui s’y oppose et tient à l’irréductibilité de la vie humaine à l’enfermement et ses règles. L’amour, la joie, la violence, l’attente, l’espoir, le refus. Il en reste une impression de transport surprenante et des plus inattendues dans un tel contexte. Au final, on ressort avec une impression forte de ce voyage dans une société d’hommes différents ou exclus, rendu possible par un travail manifestement respectueux qui donnent à voir et connaître ceux que l’on cache habituellement. Touchant et important.

The smell of us

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TRASHERS

« The smell of us » est un film potentiellement traumatisant, autant prévenir d’emblée les futurs spectateurs. Et ce même s’il est possible de le regarder avec une certaine distance (voire de rire de consternation malgré le malaise), il ne fait pas de cadeaux et montre sans complaisance ni pudeur l’auto-destruction d’un jeune skateur (Matt) en perte de repère et en proie à une déconnexion de tout sentiment.

Ainsi, ce dernier ne s’aperçoit même pas que son meilleur pote (un certain J-P dont on ne saura même pas si ce sont les initiales de Jean-Paul ou Jean-Phillipe…qu’importe) est fou amoureux de lui, se contentant de repousser ses marques d’affections et tentatives d’approches par des gestes blasés et des vannes, les reléguant à des broutilles indignes d’intérêt. Lui-même ressemble davantage à un joli pantin brisé ou désarticulé qu’à un être humain malgré sa beauté et sa jeunesse et ne ressent plus rien sexuellement, à force d’avoir été trop utilisé.
Même l’amour, donc, ne suffira pas à le sauver des griffes du Mal car même s’il n’est pas désigné comme tel, car l’amour n’existe plus. Il ne reste plus que le nihilisme se reflétant dans ses yeux azurs, sa bouche trop parfaite semble elle-même devenue un accessoire du désir qui ne peut par conséquent plus lui servir pour embrasser volontairement quelqu’un ; elle est devenue toute entière la propriété de ceux qui ont le pouvoir, c’est à dire l’argent. En effet, c’est bien quelque chose de l’ordre d’une déshumanisation et d’une dépossession de lui-même qui se referme sur lui au fil des clients chez qui il entre et qu’il ne respecte même pas, semblant avoir perdu tout sens de l’autre y compris dans ce qui constitue son unique mode de relationnel. C’est donc la figure d’un ange déchu qui nous est présentée et d’un être qui ne peut par conséquent plus habiter ce monde. L’un des derniers plans -quasi insoutenable- viendra apporter une sorte d’explication sordide à cela en nous présentant sa mère, encore plus débauchée que l’univers infernal qui est devenu le sien anéantissant tout espoir de rédemption.

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Au final, il reste un film qu’on a du mal à prendre pour « réaliste » ou même pour « réel » par l’aspect surréaliste de nombreuses séquences (où le décor semble d’ailleurs devenir celui d’une performance artistique) là où cela était encore possible avec « Wassup Rockers » qui racontait l’itinéraire d’une bande de jeunes skateurs latino en une journée -même si déjà l’ombre des prédateurs du troisième âge plânait sur eux comme une menace à l’horizon et qu’un des skateurs tombait sous une balle perdue – mais où l’innocence était finalement préservée par l’incompréhension des jeunes face à de telles propositions.
On peut en ce sens considérer « The smell of us » comme une suite apocalyptique où les prédateurs ont finalement triomphé de l’innocence de la jeunesse et sont parvenus à détruire leur monde avec ses valeurs sans les remplacer par d’autres mais uniquement par leurs errances.

Si l’on repense à « Kids », le premier film de Larry Clark, on a une trajectoire qui se dessine dans l’excès et la perversion gravitant autour de la jeunesse comme en étant à la fois le symptôme et la destruction, se trouvant finalement elle-même transcendées dans le processus artistique. Pour le dire autrement, dans l’univers clarkien, la grâce survient précisément dans la rupture inchoative avec l’intolérable.

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C’est là qu’opère la magie : malgré la ruine de l’innocence, il demeure une survivance d’un autrefois toujours présent, qui transperce dans cette atmosphère si particulière, celle d’un temps où l’amour et l’amitié existait sans que la société de consommation et ses dérives ne viennent les mettre en péril. Cette survivance, c’est elle qui donne sa coloration si particulière au film chaque fois qu’elle se manifeste presque à notre insu au son des roues des boards sur le bitume, des tricks effectués dans l’espace urbain où les corps d’adolescents junéviles retrouvent leur liberté entière loin du monde sclérosé des adultes, ou encore à travers des moments filmés par celui qui est manifestement le plus jeune de la bande -et apparemment le seul à ne pas se prostituer, faisant office du fantôme « forever young » du cinéaste- lorsque Marie entame à la guitare « Je préfère la nuit américaine » en haut du Trocadero, ou encore dans une note de ce parfum complexe que forme « the smell of us », cette tentative de vivre envers et contre tout au-delà de la vie – de ce que l’on met métaphysiquement sous ce terme- en y affrontant la mort psychique et en la rejouant encore et encore dans une forme d’invicibilité.

C’est cela que l’on pourrait appeler la mythologie de la jeunesse de Larry Clark et la raison pour laquelle il la sublime à travers toute son oeuvre -cinématographique et photographique. Car la jeunesse pour lui, est semble-t-il, hors du temps -sans quoi elle ne pourrait réaliser son essence qui réside précisément dans le fait de ne pas avoir de limites.

Leçons d’harmonie

lecons_d_harmonie_port-folio EXERCICE DE PRECISION

D’emblée, nous sommes immergés dans un univers violent avec une scène d’un mouton égorgé qui nous met immédiatement dans l’atmosphère un peu malsaine qui perdurera.

On nous présente ou plutôt on ne nous présente pas-car ce jeune protagoniste restera toujours pour nous mystérieux et quasi muet- un jeune garçon perfectionniste, maigre, froid et silencieux qui cherche à fonder son existence sur la nature même des choses en s’y ancrant, lui qui vit d’ailleurs dans la nature, à la campagne quand il n’est pas seul dans une salle de classe de son collège. La solitude d’Aslan et ses airs mystérieux et érudits nous interdisent donc d’emblée de le percevoir comme un enfant, ce qui contribue à renforcer l’impression de malaise.

A l’occasion d’une visite médicale scolaire rendue désagréable par une blague stupide de ses camarades immatures, il découvre qu’il a un corps et qu’il doit composer avec, que ses exigences y sont soumises. Il doit aussi composer avec les autres -immatures et hostiles-, « inutiles fardeaux de la terre » : ceux qui sont éloignés des choses de la nature, du savoir et de la physique. Il lui faut séjourner auprès d’eux avec leur médiocrité détestable. Il se laisse malgré lui affecter par le mal et le désir de vengeance.

Souvent étonnant dans les choix de mises en scène délicieusement osés et fins. Beau et terrible aussi bien formellement que dans la trame, avec un protagoniste moralement ambiguë qui rapelle celui du livre de Robert Musil : Les désespoirs de l’élève Torless.

Nymphomaniac

Nymphomaniac

LE SPERME ET LE NEANT

De « l’église » d’Orient à l’église d’Occident; c’est à dire de la jouissance à la douleur ou encore de l’illusion à la désillusion (« je ne sens plus rien« ) c’est ainsi que la triste héroïne à décrit son long chemin de croix qu’elle doit à sa faim si insatiable.

On le sait, Lars Von Trier n’est pas avare de références christiques et mythologiques et le sujet de son dernier film : le sexe comme autodestruction ou encore comme pulsion mortifère, s’y prête particulièrement.

Une fois de plus il ne nous épargne rien des tourments de son héroïne narratrice et nous ligote en nous proposant un avenir clôt, privé d’oxygène et de rédemption.

D’un premier volume où s’installe une narration plus poétique qu’obscène qui peut d’ailleurs surprendre à ce titre, le « piège » de stérilisation  du cinéaste se referme inexorablement sur nous. Il nous capture et nous empêche de nous réfugier dans des positions rassurantes. Comme avec Melancholia, il nous laisse une terre dévastée par la maladie et le mal, n’autorisant aucun espoir de rédemption.

La poésie érotique et le soupçon de mysticisme se mue peu à peu en maladie dévastatrice dès lors de l’apparition de la putain de Babylone, Lars Von Trier poursuit sa fascination de l’apocalypse dans son processus de néantisation.

Le problème du spectateur face à une démarche chaque fois aussi radicale est qu’il ne reste plus grand chose à dire. Il ne reste qu’une vision sombre du monde et de sa destination. A confirmer ou infirmer avec l’expérience. En tout cas le cinéma de Lars Von Trier en est une, désagréable certes, mais incontestablement intense par sa réitération constante d’une impuissance de l’homme face à la douleur du manque et au Mal.

La vie d’Adèle

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UNE VIE

Adèle de l’incertitude adolescente à l’âge adulte, Adèle vaillante et fraîche, perdue, douce, Adèle innocente cherche son chemin dans l’existence.

La première scène a le mérite de nous jeter immédiatement dans un univers : Adèle sort de son petit pavillon de province et se met à courir après le bus. Le charme de la routine adolescente se fait sentir à chaque plan. Kechiche ne cesse, par souci d’être au plus près des émotions et de la chair, de filmer les visages en plans rapproché à tel point qu’on peut en sentir la texture et la composition. Comme s’il craignait de manquer son but…préssentant un manque.

Le coup de foudre est assez étrange, comme si Adèle avait une révélation face à la couleur bleue des cheveux de celle qui l’obsède soudainement. Même le plus beau garçon du lycée ne parvient pas à lui faire oublier cette brêve rencontre sur un passage piéton.

Coup de foudre et fatalité du destin? Une fois encore on retrouve l’amour de Kechiche pour Marivaux et l’un des thèmes récurrent de ce dernier : l’impossibilité de dépasser sa classe sociale même en amour (c’est ici ce qui semble être un des éléments clés de l’échec amoureux).

Ce qui est certain c’est que cette palme d’or est pleine de sensualité et même plus : un embarassant et ridicule surplus en fait. Kechiche filme de longue scènes intimes pour nous montrer l’essence de la passion et n’y parvient pas toujours. Ces scènes dérangent, mettent mal à l’aise voire ennuient par leur provocation gratuite.

Ensuite il y a la longueur du film, incompréhensible puisqu’elle ne se justifie qu’en répétition embarassante : les scènes de repas, les scènes en classe de la jeune Adèle devenue instit’. La routine annonçant une fin de relation avec sa compagne avec qui elle est de moins en moins en phase : envolée la jeune femme aux cheveux bleus avec qui elle partageait des moments d’une complicité et passion infinie quand elle était au lycée.

Il reste l’incroyable performance de la jeune Adèle qui porte le film : touchante et magnétique, à laquelle on s’attache du début à la fin et qui rend la traversée de cette tranche de vie résumée en trois heures, supportable, mais jamais brillant.

Blue Jasmine

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RICH WOMAN’S BLUES

Le meilleur Woody Allen. Pourquoi? Le talent de Cate Blanchett est à son paroxysme dans cette satire sociale pleine de finesse et de justesse. Bien sûr Woody Allen ne se départit ni de son humour, ni de son goût pour le jazz qui rend la narration de cette comédie dramatique pourtant plaisante. Le basculement dans la folie (Jasmine/Jeanette se gave de Xanax parle toute seule, regarde constamment dans le vide les larmes aux yeux et pique des crises de nerfs) est amené avec une rare intelligence : la société pousse à bout cette femme qui n’est pas une femme du monde populaire. A tel point qu’on n’arrive à compatir au sort d’un personnage a-priori haïssable avec ses valises Vuitton et son tailleur Chanel. Une grande bourgeoise déchue qui veut survivre malgré tout mais qui voit peu à peu son empire s’effondrer et tomber dans ce qu’elle ne supporte pas et qui lui fait pêter les plombs : la médiocrité du prolétariat. Le caractère insupportable des gens de la classe moyenne.

Mais une fois tombée, ce n’est pas si facile de repasser de l’autre côté. Et la séparation donnée à voir ainsi que la douleur et l’incompréhension qu’elle provoque chez les uns et les autres est d’une rare profondeur auquel Woody Allen ne nous avait pas habitué dans ses comédies se cantonnant souvent à une légereté et une mise en scène agréable.

Ici, on rit, on compatit, on s’émeut! Un grand film.

Jeune et jolie

Jeune et jolie

L’ECOLE DE LA CHAIR

Ce qu’on peut incontestablement apprécier chez Ozon c’est son talent pour filmer l’intimité des milieux familiaux, des relations et situations complexes qui rythment des vies en apparence routinières. Vies ancrées elles-mêmes dans la complexité du réel sensible, leur ôtant du même coup toute dimension polémique sordide et en montrant une forme de poésie plus forte que toute  la violence et les névroses que porte le monde.

C’est l’été à la plage, Isabelle est jeune et jolie (on le sait au moins depuis Swimming Pool : Ozon aime les nymphes en bikini) , et à l’âge où l’on découvre l’amour charnel, elle est comme beaucoup d’autres : déçue par sa première expérience plutôt fade. Sentant sans doute la lassitude qui pointe, elle décide d’explorer la chose de manière un peu moins innocente. L’été s’en va, l’automne arrive et elle commence à donner rendez-vous à des hommes, en ville, dans des chambres d’hôtel  Sous l’œil soupçonneux de son petit frère, qui rappelle le regard de Ernst Umauher (Dans la maison) ou celui de Ludivine Saigner (8 femmes) qui met en abyme ce qui ne pourrait qu’aventure ou égarement sordide et donnant au tout une singulière poésie accompagnée par les chansons de Françoise Hardy qui structure le récit au travers des saisons qui passent.

Le film prend un autre tournant, un peu brutal, en son milieu à cause d’une mort subite d’un client âgé et se trouvant en plus être le seul avec qui Isabelle entretienne un lien affectif. A cette occasion, une enquête est menée et le pot aux roses (et surtout le butin) est découvert par la mère. Ozon  plonge alors dans la satire de la bourgeoisie qui demeurait jusque là seulement en filigrane. Le beau-père laxiste aussi maladroit qu’idiot, totalement dépassé par la chose, la mère qui trompe son nouveau mari et en veut à sa fille sans parvenir elle-même à aucune franchise, le psychologue intrigué d’une manière assez peu professionnelle, les demandes du petit frère à sa soeur pour un copain de sa classe qui aimerait coucher avec une fille…chaque relation semble faussée par les expériences d’Isabelle qui se retrouve comme coupée du monde sociale par son vécu tabou mais qu’on nous présente comme n’étant au fond que l’arbre qui cache la forêt d’une société toute entière corrompue par le désir, se masquant sous l’apparence de la vertu. Un monde sans authenticité, sans intérêt du point de vue d’Isabelle dans lequel les Hommes ne sont qu’objets de désirs manipulateurs et manipulés. On notera à ce titre le subtil clin d’oeil littéraire du gros plan sur le livre de Laclos : Les liaisons dangereuses, qu’Isabelle ouvre dans le métro. Seule Charlotte Rampling vint apporter un message positif de respect de soi dans cet univers décadent et en fuite.

Et au-delà de tout cela et avec le recul, c’est un film qui parle de liberté, d’émancipation des conventions étouffantes et de la difficulté de savoir quel moyen adopter pour y parvenir.Comme d’habitude, Ozon touche à des choses humaines et profondes sans en avoir l’air.

The Conjuring

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SOS ESPRITS MALÉFIQUES

James Wan, le talentueux réalisateur de l’inventif et surprenant -surtout par son dénouement- Dead Silence revient avec un nouveau film d’angoisse et dès la première séquence, il nous rappelle qu’il n’a rien perdu de son goût pour filmer les poupées aux visages énigmatiques et un brin cruels.

Bien que notifié sur l’affiche, on ne le dira jamais assez : le point fort de The Conjuring c’est qu’il s’inspire d’événements réels. Cet avertissement sur les affiches devenu un procédé commun des film d’horreurs sauf qu’il y a ici des documents à l’appui : le couple Warren, Lorraine et Ed est bien réel tout comme leur activité respective de médium (pour elle) et d’exorciste (pour lui). On peut d’ailleurs souligne l’implication dans le projet de la véritable Lorraine Warren, qui, contactée par l’équipe du film, s’est rendue sur les lieux de tournage.

La narration du film se situe ainsi donc à deux niveaux : il présente brièvement la vie et les activités du couple et nous immerge ensuite dans l’histoire d’une famille qui s’installe dans une nouvelle maison. Ce recul permet de sortir (un peu) du poncif des films de maison hanté ou nous n’évoluons toujours qu’avec les victimes des esprits.

L’histoire s’ancre donc dans un réalisme troublant, à plusieurs moments du moins, où tout l’enjeu était de ne pas en faire trop. Malheureusement James Wan n’y parvient pas toujours, surenchérit inutilement à plusieurs moments dans la terreur conventionnelle quand il aurait justement gagné à faire dans la sobriété et subtilité pour renforcer cet effet de réalisme et d’angoisse.

Au final on obtient un bon film de maison hanté et de possession qui ne parvient cependant pas à s’échapper totalement des poncifs habituels du genre car James Wan en montre trop. Dommage. Cependant le film replacé dans son contexte documentaire parvient à faire naître assez efficacement l’angoisse. On retiendra l’apparition du démon notamment ainsi que l’arrivée des Warren sur les lieux et le jeu de Vera Farmiga (Lorraine Warren).

THE CONJURING

De dos, la fille du docteur Warren qui croise le regard de la terrifiante poupée Annabelle.

Il faut toutefois évoquer l’importance de la religion chrétienne qui parcoure tout le film et se clôt sur elle, une autre question peut naître : « les films de possession et de hantise sont-ils des apologies simplistes de la religion chrétienne? »
La conclusion de celui-ci, quasiment manichéenne et caricaturale, donne en tout cas clairement envie de répondre par l’affirmative.